Assa Traoré veut des "actes de justice", pas des "discussions dans un salon de thé de l'Élysée"

Assa Traoré veut des "actes de justice", pas des "discussions dans un salon de thé de l'Élysée"
Assa Traoré, à Paris, le 9 juin 2020.

, publié le mardi 09 juin 2020 à 16h20

La famille d'Adama Traoré a refusé lundi de rencontrer la ministre de la Justice Nicole Belloubet. "Si elle veut rencontrer quelqu'un, c'est le procureur, si quelqu'un doit être convoqué ce sont les gendarmes", a estimé la soeur du jeune homme mort en 2016 après son interpellation par des gendarmes. 

Contactés lundi 8 juin par le cabinet de la ministre de la Justice Nicole Belloubet "pour échanger" avec la garde des Sceaux, les proches de la famille d'Adama Traoré ont refusé.

"On ne demande pas que des discussions se fassent dans un salon de thé de l'Élysée, on demande que des actes de justice soient faits", a déclaré mardi Assa Traoré, dont le frère Adama, jeune homme noir de 24 ans, est mort le 19 juillet 2016 après son interpellation par des gendarmes.

"Nous refusons le rendez-vous avec la ministre de la Justice", a-t-elle dit devant une fresque réalisée par l'artiste JR en hommage à son frère et à George Floyd, un Afro-américain tué par un policier blanc le 25 mai à Minneapolis. "Si elle veut rencontrer quelqu'un, c'est le procureur, si quelqu'un doit être convoqué ce sont les gendarmes."




Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner avait déploré quelques heures plus tôt sur BFMTVle refus "d'une main tendue pour apaiser". "Au fond je sens qu'ils veulent faire aussi un procès médiatique et politique", a-t-il estimé. "Le procès doit se faire devant les juges", a-t-il martelé.

Cette proposition de rencontre est survenue alors que l'affaire Traoré refait la Une de l'actualité après une nouvelle expertise réalisée à la demande de la famille mettant en cause les gendarmes et dans un contexte marquée par la mort de l'Afro-américain George Floyd, asphyxié par un policier. Plusieurs rassemblements pour rendre hommage au jeune homme de 24 ans mort en juillet en 2016 après son interpellation par des gendarmes dans le Val-d'Oise et dénoncer les violences policières ont été organisés ces derniers jours.

Mobilisation samedi

Assa Traoré, qui était accompagnée du réalisateur Ladj Ly, dont les élèves ont réalisé la fresque avec JR, a par ailleurs appelé à une "mobilisation nationale samedi prochain dans la rue". Le comité ne participera, par contre, pas aux manifestations mardi pour saluer la mémoire de George Floyd et "combattre le racisme dans la police", à l'appel notamment de SOS Racisme. 

"S'il le faut, toutes les semaines nous sortirons dans la rue", a indiqué la jeune femme, qui a également évoqué des "événements non déclarés" pour prendre "par surprise" les autorités.

"Nous demandons à ce que la police française soit réformée"

Le comité Adama demande aussi "que toutes les techniques d'immobilisation soient formellement interdites". "Nous demandons à ce que la police française soit réformée", a encore ajouté Assa Traoré, et que l'IGPN (Inspection générale de la police nationale) et l'IGGN (Inspection générale de la gendarmerie nationale) soient dissous pour être remplacées par des "corps extérieurs".

Lundi, Christophe Castaner a annoncé quelques mesures pour l'amélioration de la déontologie policière, dont l'abandon de la méthode d'interpellation dite de l'étranglement et la suspension pour chaque "soupçon avéré d'actes ou de propos racistes".

Il a aussi annoncé une réforme "en profondeur des inspections du ministère de l'Intérieur", l'IGPN, l'IGGN et l'inspection générale de l'administration (IGA), pour "plus d'indépendance".
 

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