Ariège : un chasseur blessé tue une ourse, une enquête ouverte

Ariège : un chasseur blessé tue une ourse, une enquête ouverte©Pays de l'Ours / AFP

publié le dimanche 21 novembre 2021 à 08h15

L'homme, âgé de 70 ans, participait à une battue aux sangliers dans le massif du Couserans quand il aurait rencontré une ourse accompagnée de ses petits. Gravement blessé, il est hospitalisé au CHU de Toulouse.

Cet accident risque de rallumer la guerre de l'ours dans un département où l'on considère que la cohabitation est impossible. 

Accident de chasse dans le massif du Couserans en Ariège. Samedi 20 novembre, un groupe de chasseur traquaient le sanglier sur la commune de Seix, à une soixantaine de kilomètres à l'est de Foix, quand l'un d'eux se fait attaquer par une ourse accompagnée de ses petits. Selon le récit fait par le chasseur à ses camarades, l'animal l'a mordu à la jambe et en retour l'homme a tiré à deux reprises vers la plantigrade. L'ourse a été retrouvée morte à quelques mètres des lieux où le chasseur a été secouru. 

Les chasseurs ont appelé les secours vers 15h30. Ces sont les gendarmes du peloton de haute montagne (PGHM) qui sont intervenus auprès du blessé, âgé de 70 ans, gravement touché au niveau de l'artère fémorale. L'homme est évacué d'abord vers l'hôpital de Foix puis transféré vers le CHU de Toulouse en raison de la gravité de ses blessures.



"Ce jour, aux alentours de 15h30, le peloton de gendarmerie de haute montagne est intervenu pour porter secours à un homme de 70 ans gravement blessé à la jambe. La victime a été immédiatement transporté au CHIVA dans un état jugé préoccupant. L'homme est un chasseur qui effectuait une battue aux sangliers. Il aurait rencontré un ours femelle accompagnée de ses deux oursons. Les gendarmes ont repéré une carcasse d'ours en contrebas du lieu où a été trouvée la victime, ce qui pourrait accréditer la thèse d'un accident lié à la rencontre entre l'homme et l'animal", a indiqué la préfecture du département dans un communiqué.

Les services de l'État ont ajouté qu'une enquête judiciaire avait été ouverte sur les circonstances de cet accident.

Une cohabitation "impossible" entre les hommes et les ours ?

Cet accident risque de rallumer la guerre de l'ours dans un département où l'on considère que la cohabitation est impossible. "C'est vraiment ce que l'on redoutait. Aujourd'hui, on voit bien que la cohabitation, c'est compliqué !", a déclaré à l'AFP la présidente du conseil départemental de l'Ariège, Christine Tequi (PS). Un danger, selon elle, aggravé par "la présence accrue des ours, qui se reproduisent" dans le secteur du Couserans. Il y aurait actuellement d'après elle une quarantaine de plantigrades sur ce secteur.

Début août, un incident avait déjà alimenté la polémique entre pro et anti-ours : un berger du village de Saint-Lary, en Ariège, avait été poursuivi par un ours. Selon le maire du village, Gérard Dubuc, c'était la première fois "qu'un berger était attaqué par un ours, depuis que le programme de réintroduction de l'ours brun a été engagé dans les années 1990". Pourtant selon Alain Servat, le président de la Fédération pastorale de l'Ariège (FPA), ces incidents sont devenus  "le quotidien des bergers aujourd'hui". Il demande "que l'État prenne des décisions drastiques". 

Les opposants à l'ours réclament l'abattage des ours agressifs, et à leur tête les éleveurs, qui déplorent de nombreuses prédations de brebis et disent craindre dorénavant pour la sécurité des hommes.

Du côté des pro-ours un collectif, qui regroupe des associations comme WWF, France Nature Environnement (FNE), Ferus ou encore Pays de l'ours-Adet, dénonçait alors "une "hystérie collective", soulignant qu'il n'y avait pas eu de blessé lors de cette confrontation du mois d'août. Le collectif déplorait dans un communiqué que les rares charges d'ours - il en dénombrait neuf de 1996 à 2021, avec un blessé - fassent plus de bruit qu'"au moins 23 randonneurs ou chasseurs blessés, pour la plupart grièvement, et un tué, par des bovins en estive" entre 2010 et 2020. 

Réintroduction des ours depuis les années 1990

L'ours brun étant menacé d'extinction sur son territoire, la France a engagé dans les années 1990 un programme de réintroduction de plantigrades venant de Slovénie. Ils sont actuellement une soixantaine dans le massif pyrénéen, ce qui n'assure pas la pérennité de l'espèce.

En 2020, trois ours ont été tués illégalement dans les Pyrénées, deux en Espagne et un en France. Le gouvernement français s'est engagé à remplacer tout ours tué de la main de l'homme par des réintroductions, tandis que des éleveurs s'y opposent fermement.

En novembre 2004, la mort de Canelle, tuée par un chasseur en Vallée d'Aspe, dans les Pyrénées, avait soulevé une vague de protestations en France. Elle était la dernière ourse de souche purement pyrénéenne. C'est après sa mort, le gouvernement a mis en place son plan de "renforcement de la population d'ours bruns dans les Pyrénées". On estimait alors à moins de vingt le nombre d'ours dans le massif.

Le chasseur René Marqueze qui l'a tuée avait affirmé n'avoir tiré qu'en dernier recours après avoir cherché à éviter l'animal à plusieurs reprises. Mis en examen dans une plainte où l'État et 19 associations environnementales s'étaient portées parties civiles, il a finalement bénéficié d'un non-lieu.

Une autre ourse a été tuée dans un accident de chasse en 1997 sur les contreforts pyrénéens de Melles (Haute Garonne). Il s'agit de Melba, introduite de Slovénie. Elle avait donné naissance à trois oursons avant d'être tuée.
 

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