Arabe au CP, suppression des maternelles... L'école, cible fréquente de rumeurs

Arabe au CP, suppression des maternelles... L'école, cible fréquente de rumeurs
L'école est régulièrement la cible de rumeurs, que des parents sont parfois prompts à relayer

AFP, publié le vendredi 29 mars 2019 à 12h18

Hier l'enseignement obligatoire de l'arabe au CP, aujourd'hui la disparition des maternelles... L'école est régulièrement la cible de rumeurs, que des parents inquiets pour la sécurité et l'avenir de leurs enfants sont parfois prompts à relayer.

Dernière "infox" en date: la suppression des maternelles qui seraient remplacées, dans le projet de loi de Jean-Michel Blanquer sur "l'école de la confiance", par des jardins d'enfants. En signe de protestation, des parents ont retiré leurs enfants de l'école lundi dans l'Aisne.

Mardi, le ministre qualifiait la rumeur de "bobard". 

Le week-end dernier, des responsables de l'opposition et des élus de l'est de la France s'émouvaient d'une "disparition", selon eux, de la bataille de Verdun des nouveaux programmes du lycée. Encore faux.

En août dernier, c'est la publication d'une circulaire rappelant que trois séances par an devaient être consacrées à l'éducation sexuelle, de l'école au lycée, qui avait déclenché un torrent de "fake news", certaines annonçant des ateliers de masturbation dès la maternelle.

Des rumeurs de ce type avaient déjà circulé au moment des "ABCD de l'égalité",  lancés en 2013 pour promouvoir l'égalité filles-garçons. Attaqué par des mouvements d'extrême droite qui avaient répandu des bruits infondés sur des garçons obligés de porter des robes ou des cours de masturbation en maternelle, ce dispositif avait été abandonné en 2014 face aux polémiques. 

"Dès qu'il y a des enfants, il y a aussi des parents qui sont inquiets pour leur sécurité et peuvent voir des menaces un peu partout", décrypte Aurore Van de Winkel, docteur en information et communication spécialisée dans l'étude des rumeurs. 

Selon elle, le phénomène des rumeurs à l'école n'est pas nouveau: "En 1935 déjà, un tract avait été distribué dans des écoles par une association catholique affirmant qu'en raison de la mixité, les filles devenaient des +garçonnes+ dès 13 ans", raconte-t-elle. 

"Pour qu'une rumeur se propage, il faut un terrain anxiogène, or l'école l'est, particulièrement en France", estime aussi Claude Lelièvre, historien spécialiste de l'éducation. "Dans notre pays, l'école a un rôle quasi démiurgique, on place en elle beaucoup d'espoir, mais elle suscite aussi beaucoup d'inquiétudes et de déceptions".

- Orthographe et histoire de France -

Les rumeurs les plus tenaces s'attaquent, selon lui, à ce qui "constitue notre identité". Elles sont ainsi souvent "concentrées autour de trois domaines: l'apprentissage de la langue française, l'orthographe et l'histoire de France", poursuit l'historien. 

Peu de personnalités politiques en ont autant fait les frais que Najat Vallaud-Belkacem quand elle était ministre de l'Education nationale (2014-2017). On lui a notamment attribué des ajustements de l'orthographe décidés en réalité par l'Académie française, et des élus de droite et du FN l'avaient accusée de vouloir imposer l'arabe au CP.

"La rumeur est d'autant plus aisément installée au rang +d'information+ qu'elle est relayée par des responsables politiques", indique à l'AFP Mme Vallaud-Belkacem, aujourd'hui chez Ipsos. "Et plus une +information+, qu'elle soit vraie ou pas, est en phase avec vos préjugés conscients ou inconscients, plus elle paraît vraisemblable".

Or les femmes, qui plus est d'origine étrangère, "cristallisent encore des peurs et préjugés racistes et sexistes: elles sont donc les cibles privilégiées" de rumeurs, souligne Aurore Van de Winkel.

Les "fake news" sur l'école rejoignent ces craintes: "Qu'on n'éduque plus les enfants en +bons Français+, qu'on retire des programmes une partie de l'histoire de France, qu'on impose l'apprentissage d'une culture étrangère...", poursuit-elle. 

"Les théories du complot ont plus de prise dans des territoires qui ont été délaissés par la puissance publique", estime aussi Rodrigo Arenas, coprésident de la FCPE, première fédération de parents d'élèves. Dans ces zones, "la seule chose qui reste, c'est l'école. Elle est le dépositaire de toutes les frustrations et tous les espoirs des parents", poursuit-il. "C'est, pour eux, le seul moyen qu'ont leurs enfants de s'en sortir, donc ils sont extrêmement sensibles à la moindre attaque faite, selon eux, contre l'institution".

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