Après sa dissolution, le sort de BarakaCity dans les mains du Conseil d'Etat

Après sa dissolution, le sort de BarakaCity dans les mains du Conseil d'Etat
La façade du Conseil d'Etat (illustration)

, publié le dimanche 22 novembre 2020 à 09h50

Les "Sages" de la plus haute instance administrative se penchent dès lundi sur le cas de l'ONG, dans le viseur de l'exécutif, qui met en avant des liens avec "la mouvance islamiste radicale".

Près d'un mois après la dissolution de l'ONG BarakaCity, jugée proche de l'islamisme radical par le gouvernement, le conseil d'Etat examine lundi 23 novembre la requête en référé de ses avocats qui dénoncent une mesure "totalement injustifiée".

Le 28 octobre, douze jours après l'assassinat de Samuel Paty par un jeune islamiste radicalisé, le gouvernement dissolvait BarakaCity en l'accusant d'"inciter à la haine", de liens avec "la mouvance islamiste radicale", et de "justifier des actes terroristes". Le même jour, les avocats de l'ONG, créée en 2010 et qui dit apporter de l'aide à plus de deux millions de démunis dans le monde, ont annoncé contester cette décision devant le Conseil d'Etat.

Leur requête en référé-liberté sera examinée lundi matin à Paris par la plus haute juridiction administrative, qui devrait ensuite rendre sa décision dans les deux jours.

Les avocats de l'ONG, Me William Bourdon et Me Vincent Brengarth, dénoncent le caractère "brutal et discrétionnaire" de cette dissolution. Populaire, notamment chez des jeunes musulmans des quartiers populaires, BarakaCity avait fait l'objet ces dernières années d'enquêtes approfondies des autorités, qui n'ont débouché sur aucune poursuite.

L'ONG agit dans un cadre "strictement humanitaire", ne participe à aucune activité "susceptible de troubler l'ordre public, encore moins de nature terroriste", notent ses avocats dans leur requête. Ils estiment que sa dissolution, qui "porte préjudice" aux millions de bénéficiaires, "apparaît par conséquent totalement injustifié et disproportionnée".

"Asile politique" en Turquie

Le décret gouvernemental de dissolution de l'ONG lui reproche de diffuser et d'inviter à la diffusion "d'idées haineuses, discriminatoires et violentes" en ligne avec l'islam radical, notamment via ses comptes Facebook et Twitter et via le compte Twitter personnel de son président et fondateur, Driss Yemmou, dit Idriss Sihamedi. Les responsables de l'ONG, dont Idriss Sihamedi, ont depuis demandé "l'asile politique" au président turc Recep Tayyip Erdogan.

BarakaCity fait partie, avec le collectif "Cheikh Yassine", des deux organisations dont le gouvernement a annoncé la dissolution après la mort de Samuel Paty. Le gouvernement en a depuis annoncé une troisième, imminente: celle du Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), une association de lutte contre la discrimination des musulmans qu'il accuse d'être une "officine islamiste œuvrant contre la République".
 

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