Après les inondations meurtrières, l'Aude panse ses plaies

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Une rue de Trèbes au lendemain des inondations, le 16 octobre 2018
Une rue de Trèbes au lendemain des inondations, le 16 octobre 2018
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© AFP, ERIC CABANIS
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AFP, publié le mardi 16 octobre 2018 à 22h29

Après les inondations qui ont fait au moins 13 morts, l'Aude a commencé mardi à panser ses plaies et à évaluer l'ampleur des dégâts alors que la situation se normalise, la vigilance aux crues est passée dans l'après-midi du rouge à l'orange.

"(L') épisode méditerranéen de type cévenol", qui figure parmi les intempéries les plus meurtrières depuis une dizaine d'années, a fait, selon le bilan dressé par la préfecture mardi soir, 13 morts et trois disparus. 

Six personnes sont décédées à Trèbes, trois à Villegailhenc, une à Villardonnel, une à Villalier, une à Carcassonne et une à Saint-Couat d'Aude.

Le service d'information sur le risque de crue Vigicrues a précisé que la propagation de la crue de l'Aude était en cours sur les basses plaines, ajoutant que "partout ailleurs les cours d'eau sont en phase de décrue même si les secteurs inondés restent importants".

Alors qu'il pleuvait mardi après-midi sur Carcassonne, Vigicrues souligne que ces précipitations "ne seront pas de nature à réactiver les cours d'eau mais pourraient localement ralentir la décrue ou la vidange des secteurs inondés."

"A ce stade, plus de 70 communes sont touchées. Mais quand on aura fait le bilan, on aura dépassé les 100/120 communes avec des gradations dans les dégâts", a indiqué à l'AFP le préfet Alain Thirion.

Le rectorat de Montpellier a indiqué mardi soir dans un communiqué que "les cours reprendront dans les écoles et établissements scolaires, publics et privés sous contrat, de l'ouest du département" mercredi, précisant "que les autres écoles et établissements du département resteront fermés" notamment en raison  "de l'état des voies de circulation et de la nécessaire sécurisation des transports scolaires".

- "On va déblayer" -

À Villegailhenc, où deux habitants ont perdu la vie, les camions de pompiers ont laissé la place aux pelleteuses.

Elles remplissent d'immenses bennes à ordures, pleines de fauteuils, frigos, bibelots et souvenirs des sinistrés. "Pour l'instant, on a rempli trois-quatre bennes de quatorze tonnes, mais il y en a encore partout dans le reste de la ville", explique Fabrice Rouaned, conducteur de pelleteuse.

Lundi, "la priorité, c'était de sortir les voitures qui s'étaient envolées et entassées n'importe comment. Aujourd'hui c'est un autre travail, on va déblayer tout ce que les gens sortent de chez eux", poursuit-il.

Maxime Jarne, directeur d'une entreprise de crème glacée à Carcassonne, ne travaillera pas pendant quelques jours: "On n'a plus de vision à long terme, on essaye de régler les problèmes les uns après les autres".

- "On est maudit" -

Une habitante du village de Villedubert, dont le mari Jean Mazières avait été tué en mars à Carcassonne lors des attentats islamistes, a perdu ses parents octogénaires, morts noyés dans leur habitation à Trèbes.

"C'est horrible. La veuve a perdu ses deux parents. Tous les jours des infirmières venaient s'occuper d'eux. Ils habitaient près du fleuve à Trèbes", a indiqué à l'AFP une voisine du couple décédé, elle-même inondée, Valérie Puerta.

"Ça fait beaucoup pour une petite ville comme Trèbes, on est maudit, c'est pas possible", a souligné Nicole, une autre habitante, les pieds dans la boue, en attendant l'aide de ses enfants pour évacuer ses meubles. 

Empilement de voitures, amas de branches d'arbres que les employés de la ville tentaient de dégager à la tronçonneuse, gravats sur la route, cuve de fioul retournée et boue omniprésente, la ville de Trèbes offrait encore mardi un spectacle de désolation.

- "Résilience" des professionnels -

La ministre de la Santé Agnès Buzyn a salué la "résilience" des professionnels de santé de l'hôpital de Carcassonne, "très gravement touché par les inondations". "Les ascenseurs sont toujours non fonctionnels ce (mardi) matin, et donc un certain nombre d'interventions ont dû être déprogrammées, il a fallu vérifier que nous puissions dialyser les personnes qui (en) avaient besoin", a-t-elle ajouté.

Il est tombé en quelques heures l'équivalent de trois mois de pluie: entre 150 et 300 mm d'eau sur l'agglomération de Carcassonne, selon Météo France. 

"L'événement météorologique avait été anticipé, pas son intensité, pas le déroulement chronologique de sa manifestation, ce qui a rendu le phénomène plus grave encore que ce qui avait été imaginé", a déclaré le Premier ministre lors de la séance des questions au gouvernement à l'Assemblée.

Le président Emmanuel Macron, qui se rendra dans l'Aude "dès que possible" selon l'Élysée, a exprimé lundi "l'émotion et la solidarité de toute la nation envers les victimes. Mais encore aucune date n'a été annoncée.

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