Après les attentats, les inondations à Trèbes: "on est maudit, c'est pas possible"

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Un homme aligne sur le trottoir des objets endommagés, à Trèbes dans le sud-ouest de la France, le 16 octobre 2018
Un homme aligne sur le trottoir des objets endommagés, à Trèbes dans le sud-ouest de la France, le 16 octobre 2018
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© AFP, ERIC CABANIS
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AFP, publié le mardi 16 octobre 2018 à 16h39

"Ca fait beaucoup pour une petite ville comme Trèbes, on est maudit, c'est pas possible": À  Trèbes, déjà frappée par des attentats islamistes en mars, les habitants découvraient mardi au lendemain des inondations l'ampleur des dégâts, ne sachant pas "par où commencer pour nettoyer" leurs maisons envahies par la boue.

"Empilement de voitures, amas de branches d'arbres que les employés de la ville tentaient de dégager à la tronçonneuse, gravats sur la route, cuve de fioul retournée et boue omniprésente: les habitants ont découvert incrédules une ville mise sens dessus dessous par le débordement du fleuve de l'Aude.

"On n'imaginait pas que ce serait à ce point-là", confie en pleurs Valérie Puerta, venue dès la levée du jour avec ses deux filles de 22 et 14 ans récupérer quelques affaires dans sa maison située dans une ruelle au bord du fleuve. La veille, les pompiers avaient évacué la famille en barque par la fenêtre d'une chambre à l'étage.  

"On prend des photos pour les assurances, c'est tout ce qu'on peut faire", explique l'habitante qui est parvenue uniquement à sauver "des papiers et quelques vêtements", sacs à la main. 

Avec encore 10 cm de boue collante sur le sol, une cuisine neuve méconnaissable, Valérie dont la maison a été envahie par l'eau qui est montée jusqu'à 1,50 m se dit "démunie" et "traumatisée".

"Je ne sais même pas, si j'arrive à la remettre en état, si j'aurais envie de revivre ici, j'ai eu tellement peur", poursuit la quadragénaire qui s'est repassée toute la nuit les images de l'inondation et garde en tête "le bruit assourdissant" du torrent d'eau qui "s'est engouffré" jusque dans la montée de ses escaliers durant cette nuit "cauchemardesque".

- "Le plus dur commence" -

"J'appréhendais de revenir, cela fait deux jours que je n'ai pas dormi", poursuit Valérie épuisée et le visage tendu. La mère de famille essaye néanmoins de "relativiser" après avoir appris le décès des parents de la veuve de Jean Mazières, tué lors de l'attentat islamiste du Super U de la ville, lui aussi en partie inondé et fermé mardi.

Les attentats commis en mars à Trèbes et Carcassonne (Aude), avaient coûté la vie à quatre personnes, dont le gendarme Arnaud Beltrame, qui s'était livré comme otage à la place d'une femme. Six personnes ont par ailleurs été placées mardi en garde à vue dans cette enquête, a-t-on appris de source judiciaire.

"Ca fait beaucoup pour une petite ville comme Trèbes, on est maudit, c'est pas possible", lance Nicole, les pieds dans la boue, en attendant l'aide de ses enfants pour évacuer ses meubles qui sous la pression de l'eau se sont enchevêtrés, montre-t-elle plongée dans le noir faute de pouvoir ouvrir ses volets.

L'air hagard, Jean-Claude Agria, parcours les rues tirant nerveusement sur sa cigarette. Après avoir passé la nuit avec sa femme et ses jeunes enfants dans la salle des fêtes, le menuisier est venu voir sa maison "dont il ne reste rien". 

"Qu'est-ce que je vais faire maintenant, même mes outils de menuisier ont été emportés?", s'interroge cet habitant qui "n'arrive toujours pas à comprendre ce qui lui est arrivé". "J'ai envie de tout abandonner", lance ce quadragénaire.

"Hier, on était dans l'urgence, aujourd'hui on les accompagne en pompant nettoyant avec eux ce qui est possible. Le plus dur commence, ils se rendent compte que ça va être très long",  témoigne un pompier.

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