Après l'attaque de Rambouillet, des policiers "inquiets" qui se sentent "clairement visés"

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Des policiers en faction le 26 avril 2021 à Rambouillet derrière des barrières au pied desquelles ont été déposées des fleurs en hommage à leur collègue tuée
Des policiers en faction le 26 avril 2021 à Rambouillet derrière des barrières au pied desquelles ont été déposées des fleurs en hommage à leur collègue tuée
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© AFP, Bertrand GUAY

publié le lundi 26 avril 2021 à 21h31

"J'essaie de ne pas y penser chaque jour en me levant" : l'assassinat d'une fonctionnaire de police tuée vendredi à Rambouillet a ravivé l'inquiétude dans les rangs des forces de l'ordre qui se sentent "en danger", partagées entre détermination et lassitude.

Paroles de policières et de policiers rencontrés par l'AFP lors des rassemblements organisés lundi en France en hommage à Stéphanie Monfermé, tuée dans le sas de son commissariat vendredi : 

 - Maria, 37 ans à Paris -

"On n'a pas de mot : on est rentré chez nous pour nous faire du mal", confie cette policière qui travaille dans un service d'investigation et dont le prénom a été modifié. "On est inquiets, mais on n'a pas peur. Je suis inquiète pour ma famille, mes enfants, mon mari. On sait à quelle heure on part le matin, mais on ne sait pas si on les reverra le soir. 

Mais, ça renforce ma détermination. Je sais encore plus pourquoi je suis là. Je suis là pour aider la population. On a fait le choix de ce métier pas pour être des héros, mais parce que la société a besoin de policiers".

 - Céline, 40 ans à Nantes -

"On n'est jamais complètement en sécurité. Aujourd'hui, qu'on fasse notre métier ou un autre métier, on voit bien que tout le monde peut être touché. On a vu des professeurs, on voit des policiers, on voit des personnes lambda qui font des métiers au quotidien moins risqués que le nôtre finalement, donc oui, on se sent en danger, de plus en plus, évidemment, puisque là on est clairement visés". 

 - Marc, dans les Yvelines -

"Depuis vendredi, j'ai l'impression que le commissariat est devenue une cible", explique ce membre de la compagnie départementale d'intervention des Yvelines et dont le prénom a été modifié. 

"C'est la psychose générale qui va recommencer (...) Maintenant, on fait tous attention dès qu'on descend de nos véhicules (...) Et par rapport à nos domiciles, on est beaucoup plus discrets.

Avant Magnanville (où un couple de fonctionnaires de police a été tué à coups de couteau en juin 2016, ndlr) je sortais en panaché, je mettais un blouson et j'avais ma tenue en dessous. Aujourd'hui je rentre toujours en civil complet, même si ça me soûle, qu'il est deux heures du matin, je prends plus le risque de rentrer en policier. Ma famille cache que je suis dans la police, je dis que je travaille dans le sport." 

 - Une adjointe administrative à Toulouse -

"Ça a été un choc très violent d'apprendre sa mort. Malheureusement, c'est quelque chose qu'on redoute tous, au même titre que les actifs (qui sont sur le terrain, ndlr), même si on n'est pas en uniforme, on peut tout de même être ciblé. La preuve en est, depuis vendredi... Heureusement, j'essaie de ne pas y penser chaque matin en me levant, mais c'est quelque chose qu'on a au fond de l'esprit."

 - Un policier à Lyon -

"Ce type de drame nous enterre chaque jour un peu plus. On n'attend plus rien des politiques, on ne croit plus en rien. On est nombreux à vouloir quitter la voie publique, voire carrément la police"

"On sait que c'est un métier dangereux, mais on a quoi comme reconnaissance? Je suis policier parce que j'ai une famille à nourrir, mais j'ai envie de quitter le métier".

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