Apprenti sniper, l'excellence dans le viseur

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 Des apprentis sniper  s'entraînent au tir de précision à La Courtine, dans la Creuse, le 18 janvier 2018

Des apprentis sniper s'entraînent au tir de précision à La Courtine, dans la Creuse, le 18 janvier 2018

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© AFP, MEHDI FEDOUACH
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AFP, publié le mercredi 24 janvier 2018 à 11h47

L'objectif est à peine visible à l'oeil nu, les deux soldats couchés sur le sol gelé du Limousin. "3 bas, 5 gauche...Vert !" La balle incendiaire calibre 12,7 tape dans la cible, à un kilomètre de là.

"But!" annonce le "spotter" armé de jumelles, après avoir ajusté la trajectoire du tir de son camarade en fonction du vent et de la pression atmosphérique. 

Malgré le froid mordant et la série de pompes enchaînées juste avant le tir, la main du caporal Nicolas n'a pas tremblé: son fusil à lunette PGM a fait mouche. Cette imposante arme d'1,30 m de long, posée sur bipied, peut détruire une cible jusqu'à 1.800 m de distance.

Le soldat de 23 ans fait partie des quatre stagiaires réunis sur le camp militaire de La Courtine, dans la Creuse, où se déroule une partie de leurs cinq semaines de formation. Repérés dans leur compagnie, ils sont d'abord devenus tireurs de précision (TP) avant de tenter de décrocher le graal: la prestigieuse qualification tireur d'élite (TE). 

"C'est une des meilleures +spé+ en compagnie de combat", sourit Nicolas en reprenant son souffle. L'armée de Terre compte quelque 900 tireurs de précision et d'élite. Le nombre exact de TE dans ses rangs reste confidentiel.

"Des bons tireurs, il y en a beaucoup: des gens aguerris et motivés pour être tireur d'élite il y en a beaucoup moins", tranche le major Steve, chef de section des tireurs d'élite au sein du 7e bataillon de chasseurs alpins. 

- camouflage et renseignement -

"C'est peut-être sexy sur le papier mais on travaille dans des conditions très difficiles", fait-il valoir, entre grosses chaleurs dans le désert et froid extrême en montagne, avec jusqu'à 60 kilos sur le dos, entre le fusil, le gilet pare balles et le sac à dos.

Le programme qu'il a concocté pour les 24 prochaines heures va mettre à l'épreuve la rusticité des apprentis snipers: ce soir, ils passeront toute la nuit en forêt sous une pluie battante. Puis enchaîneront en matinée sur un atelier d'auto-défense.

"Avant de pouvoir tirer, il faut s'infiltrer en petit groupe, s'orienter, de jour comme de nuit, tenir sa position en hauteur, parfois pendant trois jours sur un piton rocheux, puis savoir s'exfiltrer dès qu'une cartouche est tirée", explique l'instructeur, tout juste rentré d'un déploiement au Mali. 

"Dans la lutte antijihadiste, on apporte un effet de surprise, on sert d'appui discret", raconte le sergent Eric, un des formateurs, en se rappelant l'Afghanistan. "Les montagnes se prêtaient vraiment bien aux tireurs d'élite, on était sur des points assez hauts et on avait des vues dégagées, on voyait bien l'ennemi progresser".

- 'câblé dans sa tête' -

Détruire un ennemi ou un véhicule -- "claquer" dans le jargon des TE -- ne représente que 10 à 20% du travail du sniper. La mission consiste avant tout à observer et à collecter du renseignement, parfois derrière les lignes ennemies. D'où l'obligation d'exceller dans l'art du camouflage.

Grimés de peinture verte et marron, affublés d'un +ghillie+, un vêtement recouvert de pièces de tissu aux couleurs de la végétation environnante, les stagiaires ont quelques minutes pour se fondre dans le paysage. Le moindre rayon de soleil peut les "griller" en faisant scintiller le canon de leur fusil.

En sortant de sa planque, le 1ère classe Charlie, 30 ans, a le sourire malgré les crampes: son camouflage a réussi à tromper l'oeil exercé des instructeurs. 

"Au bout d'un moment le cerveau se met en mode off, le sac est lourd mais on avance, parfois on marche huit heures de suite, on oublie la douleur et la fatigue. La plus grosse partie du boulot c'est le mental", confie ce père de famille, ancien élagueur, qui a rejoint l'armée sur le tard.

"C'est pas un métier pour les fous de la gâchette" confirme le sergent Eric. "Il faut attendre les ordres, le feu vert pour lâcher une cartouche sur un objectif, il faut être bien câblé dans sa tête".

"La différence, en tant que tireur d'élite, c'est qu'on voit précisément l'ennemi dans la lunette et qu'on le voit tomber. Ce n'est pas anodin. Il faut du sang-froid et de la maturité", abonde son chef Steve.

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7 commentaires - Apprenti sniper, l'excellence dans le viseur
  • formation exigeante qui n'a rien a voir avec les films.
    neutraliser une cible à 800 m en zone montagneuse ou en agglomération demande des mois de formation intensives et on est pas sur de mettre au but, alors un tir de neutralisation sur cible mouvante à plus de 1000 m avec un calibre 50, c'est réservé aux meilleurs

  • Je suis bien étonné et surpris que pour une fois on parle de l'Armée Française pour les valoriser et pas pour les dénigrer comme on peut le constater dans 99.9% des cas. Franchement, c'est tellement étonnant que je me demande ce qui se cache là dessous ? manque d'effectifs ? recrutement ? envie de créer des vocations ? manque de volontaires pour y entrer ?

  • Superbe formation qui n'a plus rien à voir avec ce qui se faisait à mon époque (j'ai été breveté en 1964) Le matériel a aussi beaucoup changé

  • il faut aller les chercher dans les banlieue

  • Déjà, il y a le don. Le pouvoir de concentration sur les 5 sens. L'instinct. Une bonne formation, physique et morale, et cela doit rouler !!!

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