Applaudissements, télévision en plexiglas et draps en tissus... Le quotidien de Salah Abdeslam à Fleury-Mérogis

Applaudissements, télévision en plexiglas et draps en tissus... Le quotidien de Salah Abdeslam à Fleury-Mérogis
La prison de Fleury-Mérogis le 29 octobre 2015 (Illustration)
A lire aussi

Orange avec AFP, publié le mercredi 04 mai 2016 à 20h03

Emprisonné depuis le 27 avril dernier à la prison de Fleury-Mérogis, le seul survivant du commando des attentats du 13 novembre fait l'objet d'une attention toute particulière.

Comment se passe la détention de Salah Abdeslam ? Le ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas en avait pris l'engagement avant son transfèrement en France le 27 avril dernier : "toutes les mesures de protection et de surveillance seront mises sur cette personne" pour garantir "qu'il n'y ait pas de chaise vide au procès". Afin de parer notamment à un suicide éventuel, le seul survivant du commando des attentats du 13 novembre a été placé en quartier d'isolement de la prison de Fleury-Mérogis, dans l'Essonne dans une cellule spécialement aménagée, du type des cellules de protection d'urgence (CPU) réservées aux détenus suicidaires.

D'une taille de 9 m2, elle est dotée d'un lit et d'une table sur le mur opposé avec un scellement au sol et dans le mur, d'un lavabo intégré aux toilettes, d'une télévision sous un globe de plexiglas et, surtout, de deux caméras pour suivre les faits et gestes du détenu.



- Arrivée sous les applaudissements et huées -

Une semaine après son arrivée dans la prison la plus grande d'Europe, à quoi ressemble le quotidien de Salah Abdeslam ? BFMTV et RTL ont pu pénétrer dans l'établissement pénitencier et rencontrer la directrice, Nadine Piquet. Dès l'arrivée des journalistes, le nom d'Abdeslam ou encore "Vive l'État islamique" est scandé par les prisonniers. Un accueil similaire avait été réservé au terroriste présumé le 27 avril. "Il y a avait des applaudissements, maintenant, c'était très partagé. On ne l'a pas ressenti de manière majoritaire au niveau de la population pénitentiaire. Ce n'était pas caractéristique d'une glorification générale", tempère la directrice de l'établissement.

Par ailleurs, son isolement est total et tout est fait pour que personne ne sache précisément où il se trouve. Par sécurité, toutes les cellules qui entourent celle d'Abdeslam ont été vidées, afin qu'il ne puisse entrer en contact avec personne, à l'exception des 32 gardiens affectés à ce secteur. Lors de son incarcération à la prison de Bruges, la rumeur de contacts entre le Franco-Marocain et Medhi Nemmouche, soupçonné d'avoir perpétré la tuerie au musée juif de Bruxelles en 2014, avaient fait polémique.

D'après la direction, ce détenu hors norme n'a reçu pour l'instant aucun courrier, ni aucune demande de visite personnelle (qui serait obligatoirement soumise à l'aval du juge d'instruction). Seul son avocat est venu le voir depuis son arrivée.

- Le Coran à côté de son lit -

Salah Abdeslam a ses propres vêtements et dort dans des draps normaux. "Pour le moment, il dort beaucoup, il se repose. Il lit et se comporte bien pour l'instant", indique Nadine Picquet. Un comportement surveillé à chaque instant, puisqu'il est filmé 24h/24 par plusieurs caméras. Les images sont visionnées en direct par un surveillant assis dans une salle remplie d'écrans un peu plus loin dans la coursive. Au même étage, dix autres personnes sont à l'isolement : des meurtriers au profil dangereux aux des détenus plus médiatiques.

Il a le droit de sortir deux fois par jour, seul, dans une cour grillagée, et peut également emprunter des livres, notamment le Coran ainsi que le révèle la directrice de la prison, selon qui il "pratique sa religion dans sa cellule". Pour le moment, aucun aumônier n'est venu le voir, mais il en a fait la demande.

- Un dispositif de sécurité contesté -

En déplacement avec les journalistes, le député Guillaume Larrivé a pu se rendre dans le quartier d'isolement et le voir sur vidéosurveillance. "J'ai vu à la fois un détenu ordinaire, dans une cellule ordinaire (...) et un détenu hors de l'ordinaire parce qu'il y a tout ce système de caméras assez exceptionnel qui permet en effet de suivre ces moindres faits et gestes", a assuré le porte-parole parole Les Républicains aux caméras de BFMTV. Un dispositif dont l'existence est "importante" selon lui.

Pourtant, l'arrêté du 23 décembre 2014 qui autorise le contrôle vidéo des CPU stipule que le dispositif ne concerne que les détenus présentant "un risque de passage à l'acte suicidaire imminent ou lors d'une crise aiguë". Il précise que la durée de l'enregistrement est "limitée à 24 heures consécutives". Selon l'Observatoire international des prisons (OIP), il n'y a pas de cadre légal pour une surveillance 24h/24". "On est dans un vide juridique, hors des clous", concédait la semaine dernière auprès de l'AFP une source pénitentiaire, affirmant qu'une procédure était en cours pour régulariser rapidement cette situation. La CNIL (Commission nationale de l'informatique et des libertés) a confirmé par la suite à l'AFP avoir été saisie par le ministère de la Justice d'un projet d'arrêté sur la vidéosurveillance en prison. Elle rendra son avis mi-mai, a précisé la Chancellerie.

"Pour le moment la vidéosurveillance est opérationnelle. Ce n'est pas interdit. Nous avons une interrogation et avons besoin d'avoir un chemin juridique qui va être éclairé par la CNIL", expliquait à l'AFP vendredi 29 avril le garde des Sceaux, évoquant "une matière nouvelle". "Nous avons une responsabilité considérable avec Salah Abdeslam. Vis-à-vis de lui, il a droit à la dignité. Et une responsabilité vis-à-vis de la société, des victimes, il faut qu'il rende des comptes à la justice", ajoutait le ministre de la Justice.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.