Appel à une grève féministe lundi 8 mars pour dénoncer les injustices subies par les femmes

Appel à une grève féministe lundi 8 mars pour dénoncer les injustices subies par les femmes
Rassemblement le 8 juin à Toulouse après l'appel du collectif "Toutes en grève".

, publié le vendredi 05 mars 2021 à 18h10

Des organisations ont lancé un appel à une grève féministe lundi 8 mars "pour refuser toutes et tous ensemble de payer le prix de la crise avec notre travail, notre salaire, notre corps".

Ce lundi 8 mars, journée internationale de lutte des femmes, associations et militantes appellent à une "grève féministe" et des manifestations dans toute la France, pour dénoncer les injustices subies par les femmes, accentuées par la crise sanitaire.


A l'occasion du 8 mars, date symbolique officialisée en 1977 par l'ONU, 37 organisations syndicales, féministes et politiques ont lancé un mouvement unitaire pour "mettre fin aux discriminations et aux violences sexistes et sexuelles" subies par celles qu'elles ont rebaptisées les "premières de corvées".

"Le 8 mars, nous serons en grève avec les femmes du monde entier pour refuser toutes et tous ensemble de payer le prix de la crise avec notre travail, notre salaire, notre corps", ont dit lundi ces organisations dont la FSU, la CGT, Solidaires, Osez le féminisme, Les Effronté-e-s, le Planning familial, l'Unef ou le Collectif national pour les droits des femmes.

"Pour les parisien.nes, lundi 8 mars venez marcher de Port-Royal à République, et assister aux différents happening qui vont jalonner le parcours ! Rendez-vous à 13h !", invite Osez le féminisme dans un tweet.

La manifestation ira de Port-Royal à la place de la République en passant par la Sorbonne pour "dénoncer la précarité étudiante", l'Ile de la Cité pour "interpeller la justice" ou la place du Châtelet pour sensibiliser au statut des intermittentes du spectacle, ont précisé les organisations.


Un rassemblement parisien, "festif et féministe", est également prévu dimanche place de la République.

Les femmes, durement touchées par la crise sanitaire

Ce 8 mars vient ponctuer la première année d'une crise sanitaire mondiale aux effets sans précédents.

"En France, l'augmentation de la précarité et de la pauvreté pénalise d'abord les femmes, qui représentent 80% des temps partiels, 60% des titulaires de CDD et 80% des familles mono-parentales. La fragilisation du fonctionnement des écoles et des crèches pénalise d'autant plus les femmes, nombreuses à télétravailler tout en gardant leurs enfants, avec des conséquences négatives sur leur carrière et leur santé", peut-on encore lire dans le communiqué.


Persistance des écarts de salaire, mise en lumière des métiers à prédominance féminine, conséquences psychologiques du confinement, hausse des violences intrafamiliales... "L'épidémie a mis en lumière que les femmes étaient au front, à travers différentes professions et aussi à la maison", estime Mireille Stivala de la CGT Santé et action sociale.

Dans un rare communiqué commun, sept grandes organisations syndicales ont réclamé l'ouverture de négociations pour "revaloriser les salaires des métiers à prédominance féminine".

"L'arrêt du travail invisible à la maison"

Infirmières, aides-soignantes, aides à domicile, caissières, aides ménagères, garde d'enfants... Si les femmes représentent 70% des personnes en première ligne pendant la crise sanitaire, elles ne sont que 24% parmi les décideurs chargés d'en organiser les réponses, rappelle un sondage commandé par l'association Focus 30, citant des chiffres de l'ONG Care International.

En outre, selon cette enquête, plus d'une femme sur cinq (22%) a "souffert de stress émotionnel ou de problèmes psychologiques" depuis la crise, contre 14% des hommes.

Les femmes ont "tendance à davantage se saisir de l'opportunité du télétravail, comme ça elles n'ont pas à prendre quelqu'un pour garder les enfants après l'école, ça fait une économie. Mais cela peut poser un risque pour l'évaluation professionnelle ou les perspectives de promotion", explique à l'AFP Marie Mercat-Bruns, professeure de droit à Sciences Po Paris et chercheuse sur les questions de discrimination et de genre.

Symboliquement, les militantes appellent les femmes à s'arrêter lundi à 15h40, heure théorique où elles cessent d'être rémunérées compte tenu de l'écart de salaires avec les hommes (environ 25%).

"La grève féministe c'est la grève du travail, dans le sens salarié, mais c'est aussi l'arrêt du travail invisible à la maison, pour dénoncer la charge mentale et les inégalités dans la répartition des tâches", souligne Murielle Guilbert de Solidaires.

Des témoignages accablants avec #MeToo

Considérant qu'"avec la crise sanitaire, les femmes françaises ont été en première ligne", la ministre chargée de l'Égalité Elisabeth Moreno récompensera ce lundi avec le Premier ministre Jean Castex "18 femmes et 18 associations œuvrant pour l'égalité en métropole et en Outre-Mer".

Ce prix permettra "d'honorer des héroïnes du quotidien", a fait valoir Elisabeth Moreno dans une déclaration à l'AFP.

La pandémie n'a en tout cas pas empêché ces derniers mois les luttes féministes de réclamer l'individualisation de l'allocation adulte handicapé (AAH), aujourd'hui corrélée aux revenus du conjoint, la PMA pour toutes ou l'allongement du délai légal pour avorter.

Le mouvement #Metoo a aussi pris un nouvel essor avec notamment des témoignages accablants sous le mot-dièse #Metooinceste, poussant le gouvernement à engager des changements dans la loi, ou encore ceux d'étudiantes avec #sciencesporcs.

"La société commence à tendre l'oreille", estime Claire Charlès des Effronté-e-s, "c'est pas le moment de relâcher la pression".

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