Dix policiers blessés en Martinique, des journalistes visés par des tirs

Dix policiers blessés en Martinique, des journalistes visés par des tirs
Voiture brûlée à Sainte-Rose, en Guadeloupe, dans les Antilles françaises, le 25 novembre 2021

publié le vendredi 26 novembre 2021 à 12h58

Forces de l'ordre et journalistes ont été ciblés par des tirs dans la nuit de jeudi à vendredi en Martinique, les violences faisant dix blessés parmi les policiers, suscitant la vive réaction du gouvernement alors que la crise se poursuit aussi en Guadeloupe.

Une dizaine d'interpellations ont eu lieu, selon le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin. 

"Dans la nuit, un gradé de la gendarmerie qui intervenait avec ses collègues sur un cambriolage a été violemment heurté par le véhicule des pilleurs. Il est grièvement blessé et est opéré ce jour", a également indiqué le parquet de Fort-de-France.

Parmi les dix policiers blessés, cinq l'ont été par balles et cinq par d'autres projectiles.

Quatre journalistes français, dont un photographe de l'AFP, ont essuyé des tirs de la part d'hommes circulant en moto dans une rue déserte de Fort-de-France, au moment où ils étaient en train de filmer et de prendre des photos à bonne distance d'un barrage en feu.

Enfin les premières enquêtes ouvertes suite aux faits de la nuit ont abouti à la présentation de trois suspects au parquet de Fort-de-France en comparution immédiate.

"Ces actes d'une extrême gravité appellent une condamnation unanime et sans aucune ambiguïté", a réagi dans la matinée le Premier ministre Jean Castex : "La République ne tolérera jamais qu'on attaque les citoyens qui nous protègent et qui nous informent. La Justice poursuivra les auteurs de ces violences inadmissibles".

En Guadeloupe, la brigade de gendarmerie de Capesterre-Belle-Eau, au sud de la Basse-Terre, a subi une attaque comme celle de Morne-à-l'eau, la nuit précédente, selon la radio RCI Guadeloupe.

En zone police, 17 barrages ont été levés durant la nuit notamment sur la RN4 et au Gosier, mais La Boucan, Montebello et Perrin son toujours bloqués, de même source.

La Guadeloupe et la Martinique, distantes de 120 km l'une de l'autre, connaissent un important mouvement de contestation, né du refus de l'obligation vaccinale pour les soignants et les pompiers, qui a dégénéré en crise sociale, révélant les attentes d'une population où beaucoup vivent sous le seuil de pauvreté, avec un important chômage chez les jeunes. 

La Martinique est la région d'outre-mer française la moins touchée par le chômage. Toutefois, en 2020, le taux de chômage s'y établissait à 12,4%, soit 4,4 points de plus qu'en France métropolitaine, du fait d'un marché du travail étroit et d'un manque local de qualification. 

Le niveau de vie médian de la population est inférieur de 17% au niveau national, le taux de pauvreté (29,8%) près de deux fois supérieur.

Le mouvement social est accompagné de violences urbaines nocturnes qui ont poussé le préfet de Martinique à instaurer jeudi un couvre-feu de 19H00 à 5H00, tandis que le préfet de Guadeloupe prolongeait celui ayant déjà cours dans l'île.

- Sortir de l'impasse -

Les autorités ont entamé des discussions avec des syndicats et des élus pour tenter de sortir de l'impasse.

Le gouvernement a ainsi indiqué qu'il envisageait une "solution individuelle" pour les personnels soignants et pompiers de Guadeloupe devant être suspendus car rétifs à la vaccination obligatoire, selon le ministère des Outre-mer.

Il tiendra vendredi à 15h00 une réunion similaire avec le président du conseil régional, le président du conseil départemental et les parlementaires du territoire de Guadeloupe.

Les élus demandent la venue sur place "dans un délai assez court" du ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu, et l'ouverture d'un débat sur une éventuelle évolution du statut de la Guadeloupe.

Selon le ministère, M. Lecornu se rendra "prochainement sur place", mais un tel déplacement "ne doit pas s'organiser sous la pression et doit s'inscrire dans le cadre d'engagements précis et partagés".

En Martinique également, les autorités locales et nationales ont ouvert la porte à un dialogue avec les syndicats et les élus.

Les leaders des 17 organisations syndicales, le préfet et le président du conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Martinique, Serge Letchimy, ont ainsi participé jeudi à une réunion de conciliation à la préfecture. 

Mais "les discussions n'ont pas permis d'apporter des éléments probants permettant de rassurer quant aux intentions de l'état sur les revendications principales : obligation vaccinale et pass sanitaire", ont-ils indiqué dans un communiqué vendredi.

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