André-Joseph Bouglione : "Certains petits cirques sont de véritables mouroirs"

André-Joseph Bouglione : "Certains petits cirques sont de véritables mouroirs"
Le cirque Bouglione au Cirque d'Hiver à Paris, le 23 octobre 2014 (photo d'illustration).

Orange avec AFP, publié le mardi 03 avril 2018 à 18h35

Le descendant de la célèbre famille de dompteurs, André-Joseph Bouglione (44 ans), sort un livre où il dénonce la maltraitance des bêtes de cirque. Il annonce également un nouveau projet : un "éco-cirque 100% humain".

André-Joseph Bouglione a définitivement rangé son fouet.

"Ma femme et moi sommes persuadés que la seule solution pour sauver le cirque traditionnel, c'est de ne plus utiliser d'animaux", explique-t-il à Libération. "J'ai constaté depuis plusieurs années que ces numéros créaient un malaise, car le public est aujourd'hui plus sensible à la cause animale. Du coup, beaucoup préfèrent ne plus venir au cirque".

"Le métier de dompteur s'est perdu"

"La cage, c'est leur prison à perpétuité", estime-t-il. "Certains comportements que l'on croyait normaux sont en fait des signes de stress. Par exemple, le balancement que font les éléphants à l'arrêt : je croyais que cela signifiait qu'ils étaient détendus. En fait, les éléphants libres ne le font jamais".



"Certains dompteurs savent encore les dresser dans le calme et la douceur, mais ils sont devenus rares car le métier s'est perdu. Certains jeunes improvisent totalement, quitte à faire n'importe quoi", explique-t-il, avant d'évoquer l'existence d'un cirque "où l'espérance de vie des animaux ne dépassait pas quelques mois, en raison de la façon scandaleuse dont l'homme les traitait, surtout pendant les transports".

"Les cirques sont rarement contrôlés"

"Certains petits cirques sont de véritables mouroirs", affirme-t-il. "Mais plus généralement, la maltraitance est due à l'ignorance, l'incompétence, la stupidité". N'y-a-t-il pas assez de contrôles ? "Les cirques sont rarement contrôlés, en moyenne une fois tous les deux ans. Les agents de la direction départementale de la protection des populations sont chargés de veiller au respect des normes, pas aux conditions de dressage".

"De plus, si les agents constatent des maltraitances, ils n'ont pas la possibilité de placer des animaux souvent encombrants. Alors ils préfèrent s'abstenir", ajoute-t-il. Quarante-et-un pays ont interdit les animaux sauvages dans les cirques, dont 19 en Europe. L'Irlande a voté une loi en ce sens le 9 novembre. En France, 65 communes ont pris des arrêtés pour interdire l'installation de cirques possédant des animaux, selon l'association Pour l'éthique dans le traitement des animaux (PETA), qui espère une "interdiction nationale".

L'ancienne actrice américaine Pamela Anderson, engagée dans cette cause, s'est associée à l'association et a envoyé en novembre une lettre aux maires français, arguant que "le spectacle de la détresse des animaux captifs n'a pas sa place dans une ville respectueuse" de leur "bien-être".

Des insultes reçues

"Je suis né dans l'une des plus illustres familles circassiennes de France", poursuit-il. "Mes oncles Firmin, Émilien, Sampion et mon père Joseph représentaient la quatrième génération, mes cousins et moi appartenons à la cinquième", rappelle-t-il à Libération. "Quant à mon épouse Sandrine, née Suskow, elle est issue d'une célèbre lignée de dompteurs allemands".



André-Joseph Bouglione assure avoir reçu des "insultes" et des "commentaires calomnieux" à l'annonce de son projet. "Il n'y a pas plus conservateur que le monde du cirque. Et ce milieu n'aime pas que certaines vérités soient dites. Mais depuis, les choses se sont calmées".

La fuite puis la mort de la tigresse Mevy, échappée d'un cirque en novembre 2017 à Paris, avait relancé le débat sur la présence d'animaux sauvages dans ces spectacles. La fondation Brigitte Bardot s'était dite "scandalisée par l'abattage du tigre" dans un communiqué dans lequel elle a appelé à l'interdiction de "cette exploitation de l'animal sauvage réduit à l'esclavage".

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