Alain Finkielkraut cible d'insultes antisémites de gilets jaunes : "J'ai ressenti une haine absolue"

Alain Finkielkraut cible d'insultes antisémites de gilets jaunes : "J'ai ressenti une haine absolue"
Le philosophe et académicien Alain Finkielkraut, le 1er décembre 2016

Orange avec AFP-Services, publié le samedi 16 février 2019 à 22h10

Le philosophe, essayiste et académicien Alain Finkielkraut a été la cible d'injures antisémites proférées par des individus participant à la manifestation parisienne des "gilets jaunes", samedi 16 février. L'exécutif et le reste de la classe politique ont fermement condamné cette agression verbale.

"Barre toi, sale sioniste de merde", "grosse merde sioniste", "nous sommes le peuple", "la France elle est à nous".

C'est avec ces injures, samedi 16 février, que le philosophe Alain Finkielfraut a été violemment injurié pendant qu'il se trouvait à proximité du cortège de la manifestation parisienne de l'acte 14 des "gilets jaunes". Quelques heures après les faits, l'académicien a réagi auprès du Journal du dimanche : "J'ai ressenti une haine absolue, et malheureusement, ce n'est pas la première fois. (...) J'aurais eu peur s'il n'y avait pas eu les forces de l'ordre".


Dans un autre entretien, accordé au Parisien, Alain Finkielkraut raconte qu'il s'était approché "par curiosité" de cette manifestation à laquelle il n'avait "aucune envie d'aller". Il ajoute, à propos de ceux qui l'ont pris pour cible : "Il y a chez eux un sentiment d'hostilité très fort à l'égard des juifs et je paie ma notoriété. Ils visaient avant tout mes liens et mes positions sur Israël. (...) C'est un groupe de gens politiquement difficilement situables, me semble-t-il un mélange de gens des banlieues, de l'extrême gauche et peut-être aussi des soraliens (liés au polémiste Alain Soral, ndlr). Ça m'étonnerait que ce soient des Gilets jaunes d'origine car je suis un des seuls intellectuels à avoir soutenu le mouvement à ses débuts".

La scène, qui s'est déroulée dans le quartier de Montparnasse, a été filmée et diffusée par Yahoo! Actualités. Sur une seconde vidéo tournée par un journaliste freelance, on peut voir les forces de l'ordre s'interposer pour protéger le philosophe.

Plusieurs responsables politiques, dont le président de la République, ont aussitôt condamné fermement ces faits. "Fils d'émigrés polonais devenu académicien français, Alain Finkielkraut n'est pas seulement un homme de lettres éminent mais le symbole de ce que la République permet à chacun. Les injures antisémites dont il a fait l'objet sont la négation absolue de ce que nous sommes et de ce qui fait de nous une grande nation. Nous ne les tolèrerons pas", a tweeté Emmanuel Macron. Son ministre de l'Intérieur Christophe Castaner était l'un des premiers à s'indigner : "Un déferlement de haine à l'état pur que seule l'intervention de la police a interrompu. Assister à une telle scène à Paris, en 2019, est tout simplement INTOLÉRABLE. Je viens de m'entretenir avec Alain Finkielkraut pour l'assurer de mon soutien absolu".

De nombreuses figures de l'opposition ont également dénoncé ces actes et apporté leur soutien à l'académicien. Laurent Wauquiez, chef des Républicains, a dénoncé "d'abjects crétins" et déploré que "l'antisémitisme se drape dans les habits de l'antiracisme et se nourrit de la chasse aux prétendus islamophobes". Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national, a dénoncé un "acte détestable et choquant, qui illustre la tentative d''infiltration du mouvement des gilets jaunes par l'extrême-gauche antisémite". Manon Aubry, tête de liste de la France insoumise aux élections européennes, a déclaré que ces "propos antisémites sont toujours inacceptables" et que les manifestants "ne se reconnaissent pas dans ces comportements et sont encore massivement mobilisés pour la justice sociale".

La Licra a également affirmé son soutien à l'académicien, évoquant "une honte absolue" et "des méthodes fascistes d'intimidation".

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