Agressions de médecins : "Il y un manque de respect, d'éducation en générale", confie un généraliste

Agressions de médecins : "Il y un manque de respect, d'éducation en générale", confie un généraliste
Le nombre d'agressions physiques de médecins s'est élevé à 75 en 2017.

Orange avec AFP, publié le jeudi 05 avril 2018 à 10h05

Vols, agressions verbales ou physiques, vandalisme... Plus de 1.000 incidents ont été signalés par les médecins en 2017, selon l'Observatoire du Conseil national de l'Ordre.

Un chiffre record. Un médecin généraliste de Dunkerque (Nord) a raconté son agression à franceinfo.

Le docteur Pierre-Yves Goidin est médecin généraliste à Dunkerque. En avril 2017, il a été violemment agressé devant son cabinet : "des jeunes faisaient du bazar, je leur ai demandé d'arrêter et ils s'en sont pris à moi", raconte-t-il à franceinfo. "J'ai eu une fracture du plateau tibial et des complications médicales", poursuit-il. "Ça a été très difficile pendant un mois mais je n'ai pas arrêté de soigner mes patients. J'ai travaillé avec une paire de béquilles pendant un mois et demi".

"Je me suis posé la question de tout arrêter"

"Je me suis posé la question de tout arrêter. Si ça avait été un de mes patients, je pense que je serais peut-être parti", a-t-il ajouté. Au total, le médecin explique avoir porté plainte sept fois : "La dernière fois c'était au mois de janvier, date à laquelle on a détruit ma boîte aux lettres". "Il y un manque de respect, d'éducation en générale".



"Les barrières sont rompues, les digues ont été franchies. Quand on dit 1.000 agressions, combien qui n'ont pas été répertoriées ? Où commence l'agression ? Quand un patient nous agresse verbalement, l'agression commence. Après il y a des degrés, une escalade jusqu'à l'agression physique qui se voit".

L'Observatoire de la sécurité des médecins a recensé l'année dernière 1.035 incidents, soit 5,2 agressions pour 1.000 médecins en activité, enregistrant ainsi un record depuis le lancement en 2003 de cette étude annuelle par l'Ordre des médecins et Ipsos. Le nombre d'agressions physiques s'est élevé à 75, contre 71 en 2016 pour 968 incidents au total.

Un tiers des agressions motivées par "un reproche relatif à une prise en charge"

Les victimes sont "plus féminisées" que la profession, note l'Ordre dans un communiqué : les femmes représentent 47% des médecins, mais 51% des victimes en 2017. Les généralistes sont les plus touchés, avec 61% des incidents signalés, alors qu'ils ne représentent que 44% des effectifs.

Les agressions verbales sont les incidents les plus courants (62% en 2017, +1 point). Il s'agit la plupart du temps d'injures ou menaces directes, les médecins signalant également des cas de harcèlement, de dénonciations calomnieuses, de lettres de menaces ou de chantage. Viennent ensuite les vols et tentatives de vols (23%), le vandalisme (8%) et enfin les agressions physiques (7%). Dans 2% des cas, l'agresseur a utilisé une arme.

Un tiers des agressions sont motivées par "un reproche relatif à une prise en charge" (31% des cas). D'autres motifs sont invoqués, comme vol (22%), "refus de prescription" (14%), ou temps d'attente jugé excessif (10%). L'Ordre des médecins "appelle chaque médecin victime" à "engager des procédures", alors que seuls 38% ont choisi de déposer plainte en 2017.

"Combien faudra-t-il de médecins agressés, blessés, voire tués, pour que les pouvoirs publics réagissent ?", a réagi un syndicat de médecins, la CSMF, dans un communiqué. Il réclame des mesures "fermes et immédiates", parmi lesquelles "la reconnaissance prioritaire des numéros de téléphone des cabinets par les services de police", ou encore "des aides" à l'installation de caméras de vidéosurveillance dans les salles d'attente et de boutons d'alarme.

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