Affaire Vincent Lambert : le Comité national d'éthique appelle à "calmer le jeu"

Affaire Vincent Lambert : le Comité national d'éthique appelle à "calmer le jeu"
Jean-Francois Delfraissy arrive à l'Elysée le 18 mars 2019

AFP, publié le mardi 21 mai 2019 à 08h52

Le président du Comité consultatif national d'éthique (CCNE), Jean-François Delfraissy, a appelé mardi à profiter du "répit judiciaire" dans l'affaire Vincent Lambert pour "calmer le jeu" et "retrouver un peu de sérénité".

Interrogé sur France Inter, le professeur Delfraissy n'a pas commenté la décision de la cour d'appel de Paris, qui a ordonné lundi la reprise des traitements de Vincent Lambert. 

"On va profiter de ce répit judiciaire pour essayer de calmer le jeu, retrouver un peu de sérénité dans un sujet qui est complexe car il touche à l'humain", a-t-il souhaité.

Bras de fer judiciaire depuis plusieurs années entre différents membres de la famille, l'arrêt des traitements à Vincent Lambert, tétraplégique en état végétatif depuis dix ans, avait débuté lundi, après avoir été validé par le Conseil d'Etat fin avril.

Mais le soir même, la cour d'appel de Paris, saisie par les parents de cet ancien infirmier psychiatrique, opposés à l'arrêt des traitements visant à le maintenir en vie, a ordonné leur rétablissement jusqu'à ce qu'un comité de l'ONU se prononce sur le fond de son dossier. 

Pour le président du CCNE, on ne peut pas parler d'euthanasie dans ce dossier. "Je ne pense pas qu'on puisse prononcer le mot d'euthanasie. (...) Il ne s'agit pas d'un arrêt mais d'une modulation des soins, avec un arrêt des perfusions et de l'alimentation mais une poursuite des (autres) soins quotidiens", a-t-il estimé.

Concernant le droit à mourir dans la dignité, le professeur a appelé à appliquer la loi Claeys-Leonetti de 2016 qui, tout en interdisant l'euthanasie et le suicide assisté, permet la suspension des traitements dans certaines situations.

Cette loi, en vigueur depuis février 2016, "n'est pas connue et n'est pas appliquée", a-t-il regretté, appelant notamment chaque Français à faire connaître ses directives anticipées en matière de fin de vie et de soins palliatifs.

La loi Claeys-Leonetti "a le mérite d'être un cadre juridique" et forme "une base solide" même si "on peut la faire évoluer", a-t-il ajouté.

Enfin, le président du CCNE a réclamé "des moyens suffisants" pour la fin de vie, notamment en termes de soins palliatifs, estimant qu'en France "on meurt dans des conditions qui ne sont en général pas dignes d'un grand pays comme le nôtre".

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