Affaire Samuel Paty : un rapport de l'Education nationale épingle le manque de surveillance des réseaux sociaux

Affaire Samuel Paty : un rapport de l'Education nationale épingle le manque de surveillance des réseaux sociaux
Marche blanche en hommage à Samuel Paty, le 20 octobre 2020 à Conflans-Sainte-Honorine.

, publié le vendredi 04 décembre 2020 à 08h42

Un rapport de l'inspection générale de l'Education se penchant sur les événements survenus dans le collège du professeur assassiné pour avoir montré les caricatures de Mahomet confirme la réactivité de la prise en charge de l'institution mais souligne un défaut de surveillance des réseaux sociaux.




Un mois et demi après l'assassinat de Samuel Paty, décapité pour avoir montré des caricatures de Mahomet lors de son cours d'histoire-géographie, l'inspection générale de l'Education nationale a publié jeudi soir 3 décembre le rapport administratif sur les jours qui ont précédé sa mort au sein de son collège de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines).

Ce rapport révèle notamment que l'institution a été réactive. "La reconstitution du déroulement des faits tend à montrer que, tant au niveau de l'établissement qu'aux niveaux départemental et académique, les dispositions ont été prises avec réactivité pour gérer le trouble initialement suscité par le cours sur la liberté d'expression de Samuel Paty", écrit l'inspection générale. 

Samuel Paty bien accompagné par sa hiérarchie

Les rumeurs qui ont suivi ce fameux cours sur la liberté d'expression du 5 octobre, que ce soit au sein de l'établissement et en dehors, notamment sur les réseaux sociaux, ont rapidement alerté la principale du collège. Le vendredi précédent le drame, le 9, "après les cours, craignant un risque de manifestation devant le collège, la principale ne veut pas que Samuel Paty rentre seul, à pied, chez lui. Elle cherche à le contacter, il n'est plus présent au collège (...)" peut-on lire dans le rapport.  Avec un autre professeur, "ils rencontrent Samuel Paty à la sortie de son domicile alors qu'il s'apprêtait à aller jouer au tennis. Il apparaît très serein."

La principale a par ailleurs alerté l'académie "dès le jeudi 8 avant même d'avoir rencontré" le père de l'élève qui était venu demander la radiation du professeur et avait posté des vidéos diffamatoires sur les réseaux sociaux, et qui était accompagné d'un individu fiché S.

Au sujet de l'entretien que Samuel Paty a eu avec le référent académique laïcité, la principale et la conseillère d'éducation, l'inspection explique que dans un premier temps, l'enseignant a eu "du mal à percevoir qu'en proposant aux élèves de sortir il a fait une erreur, il pense qu'en cela son comportement est conforme aux principes de la laïcité". Samuel Paty a ensuite "reconnu une maladresse, dans la mesure où ce qui était pensé comme un moyen de protéger les élèves a finalement froissé", poursuit l'inspection, précisant que "lors de l'entretien, il est redit qu'il n'a pas demandé explicitement aux élèves musulmans de sortir mais qu'ils se sont sentis désignés implicitement".

"Il y a eu une bonne réactivité et des réflexes professionnels, de la part de Samuel Paty, de la principale du collège et des différents acteurs dont les équipes 'Valeurs de la République' de l'académie de Versailles. Le soutien de l'institution au professeur semble avoir été total", affirme le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer dans une interview au Figaro.

Les réseaux sociaux à mieux surveiller

Le rapport de 22 pages pointe aussi des faiblesses, telles que le manque de surveillance des réseaux sociaux. Après les cours de Samuel Paty, la polémique, via notamment la vidéo du père du parent d'élève, a été particulièrement relayée sur les réseaux sociaux. Mais le rapport note que l'alerte a été donnée "par des parents d'élèves ou par un professeur". La hiérarchie de l'Education nationale n'a pas été en capacité d'évaluer le danger elle-même. Pointant donc un déficit de l'institution, le rapport estime qu'il "apparaît nécessaire de mettre en place ou de faire monter en puissance des cellules de veille des réseaux sociaux".

Le rapport revient aussi sur les échanges d'informations entre services. Si la conseillère sécurité du rectorat a été informée dès le lendemain du dépôt de plainte contre Samuel Paty de la part du parent d'élève, la principale ne l'a été que quelques jours plus tard. Les auteurs du rapport recommandent d'"accroitre la fluidité et la réciprocité des échanges d'information entre les différents échelons des services du ministère de l'Education nationale et ceux du ministère de l'Intérieur de façon, notamment, à permettre une évaluation du degré de gravité d'un événement".

800 incidents lors de l'hommage 

Dans un communiqué distinct, le ministère de l'Education national a indiqué avoir recensé près de 800 incidents (17% pour apologie du terrorisme) lors de l'hommage rendu à Samuel Paty dans les établissements scolaires. Quelques jours après le chiffre de 400 avait été donné par le ministre.

Au total, 44 exclusions définitives ont été prononcées par les établissements et 286 signalements ont été effectués auprès des services police-gendarmerie et 136 auprès des procureurs de la République.

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