Affaire Preynat : le cardinal Philippe Barbarin estime "avoir manqué de courage"

Affaire Preynat : le cardinal Philippe Barbarin estime "avoir manqué de courage"
Le cardinal Philippe Barbarin lors de sa dernière messe à Lyon, le 28 juin 2020.

, publié le lundi 05 octobre 2020 à 08h53

Huit mois après sa relaxe dans l'affaire Preynat, l'archevêque émérite de Lyon assure aujourd'hui penser "tous les jours" aux victimes du prêtre reconnu coupable d'agressions sexuelles sur mineurs. 

"Je ne savais pas ce que je devais faire avec des faits qui s'étaient passés quinze et vingt ans avant", assure aujourd'hui le cardinal Philippe Barbarin. Huit mois après sa relaxe, l'archevêque émérite de Lyon, désormais aumônier en Bretagne raconte la façon dont il a vécu l'affaire Preynat, dans un livre intitulé "En mon âme et conscience".

Quelques jours après sa sortie, Philippe Barbarin s'est confié lundi 5 octobre à Franceinfo et RTL.




"Je ne suis pas coupable de ce dont on m'a accusé, ça ne veut pas dire que je n'ai pas commis d'erreur. Je suis responsable de tout ce que j'ai dit et fait. La première fois où une victime est venue me voir, on avait des faits précis. Pourquoi je l'ai pas fait avant ? C'est une erreur", explique-t-il sur RTL. Le Primat des Gaules a été condamné en 2019 pour ses silences sur les agissements d'un ancien prêtre de son diocèse, Bernard Preynat, lui-même reconnu coupable pour agressions sexuelles sur mineurs. Il a ensuite été relaxé en appel, en janvier, avant de démissionner de ses fonctions d'archevêque en mars.


Auprès de Franceinfo, il estime avoir "manqué de courage pour faire ce que je devais faire jusqu'au bout. (...) Je ne savais pas ce que je devais faire avec des faits qui s'étaient passés quinze et vingt ans avant." Il se reproche de ne pas avoir été à Rome pour savoir ce qu'il devait faire de ces faits graves mais prescrits par la justice. "Ce n'est pas justiciable par le droit français. Mais moi je me le reproche dans ma conscience. Je pense que j'aurais dû être beaucoup plus combatif", affirme-t-il.

Dans son interview à Franceinfo, Philippe Barbarin revient également sur la "violence" dont il a fait l'objet. "Quand j'ai vu une telle violence se déchaîner contre moi, j'ai pensé que j'allais craquer", confie-t-il."Dans les aéroports, dans les gares, des gens que je n'avais jamais vus me disaient : 'J'espère que la justice vous condamnera sévèrement !' Je comprends très bien leur colère. Ce problème de la pédophilie a été identifié, avec un nom qui était Barbarin." Aujourd'hui, Philippe Barbarin assure penser "tous les jours" aux victimes de Bernard Preynat. "Ma prière commence avec leurs noms", confesse-t-il.

"La phrase qui m'a le plus touché dans mon procès, c'est quand mon avocat a dit 'Vous vous rendez compte que le cardinal Barbarin est traîné dans la boue depuis 3/4 ans' et qu'une victime a répondu : 'Est-ce que vous vous rendez-compte que nous nous sommes dans la souffrance depuis 30 et 40 ans?'. Ca m'a transpercé le coeur", assure-t-il, tout en répétant qu'il ne savait pas et en se défendant de toute naïveté. 

"Dans tout ce tumulte, des choses se sont abattues sur moi, parce qu'il fallait symboliquement trouver quelqu'un qui porte le poids de tout cela (...) Symboliquement, c'était un scandale énorme, une trahison profonde du sacerdoce, des enfants, des familles et de l'Église", explique-t-il sur RTL.  
 

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