Affaire Mila: entre liberté d'expression et crainte d'une "mise à l'index" des musulmans

Chargement en cours
Le président du Conseil Francais du Culte Musulman (CFCM) Mohamed Moussaoui à la Grande Mosquée de Paris le 22 mars 2019
Le président du Conseil Francais du Culte Musulman (CFCM) Mohamed Moussaoui à la Grande Mosquée de Paris le 22 mars 2019
1/2
© AFP, KENZO TRIBOUILLARD

, publié le jeudi 06 février 2020 à 19h03

Le président du CFCM Mohammed Moussaoui a assuré jeudi accepter la critique de l'islam tout en déplorant qu'elle serve souvent de "paravent" à la stigmatisation des musulmans, nouvelle illustration du débat brûlant sur la liberté d'expression relancé par l'affaire Mila.

Cette lycéenne iséroise a été menacée de viol et de mort il y a plus de deux semaines, après avoir critiqué avec virulence l'islam dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, en réponse à des insultes homophobes notamment.

Dans cette affaire aux ressorts multiples et qui a suscité de vives réactions y compris au sein de la classe politique, le droit au blasphème, ce droit à pouvoir critiquer les religions, a été défendu, en premier lieu par l'intéressée, qui a confirmé ses propos lors d'une interview sur TMC lundi.

"L'islam, c'est de la merde (...) Votre religion, c'est de la merde, votre Dieu, je lui mets un doigt dans le trou du cul, merci, au revoir", disait-elle notamment dans sa vidéo, devenue virale.

Elle a précisé ses propos lundi soir: "je m'excuse un petit peu pour les personnes que j'ai pu blesser, qui pratiquent leur religion en paix, et je n'ai jamais voulu viser des êtres humains, j'ai voulu blasphémer, j'ai voulu parler d'une religion, dire ce que j'en pensais".

"La liberté d'expression est fondamentale", répète, depuis le début de l'affaire, le nouveau président du Conseil français du culte musulman (CFCM) Mohammed Moussaoui.

"Nous devons accepter que l'islam soit critiqué y compris dans ses principes et fondements", poursuit-il, en condamnant "les intimidations" dont la jeune fille fait l'objet. "Certains musulmans (...) ne font que renforcer et développer la caricature de tous ceux qui veulent réduire l'islam à l'intolérance et à la violence".

- Frontière "très fine" -

Pour autant, M. Moussaoui rappelle, plus généralement, que "trop souvent, le droit de critiquer notre religion sert de paravent à la mise à l'index des musulmans. Trop souvent, il sert à justifier des formes d'exclusion ou de ségrégation", déplore-t-il.

"La justice doit être saisie chaque fois que la frontière entre l'expression libre et la volonté délibérée d'offenser est franchie", a-t-il plaidé.

En France, ce sont les dispositions de la loi Pleven de 1972, qui s'incorporent dans la loi de 1881 sur la liberté de la presse, qui régissent les infractions de propos racistes.

"Elles départagent entre deux principes: ce qui procède de la liberté d'expression et ce qui constitue un discours raciste", explique à l'AFP Basile Ader, avocat spécialisé en droit de la presse. Selon ces dispositions, "on peut moquer et critiquer la religion et ses symboles, mais on ne peut pas moquer ou diffamer ou provoquer au rejet des musulmans".

"Autrement dit, on peut moquer l'islam mais pas les musulmans", résume-t-il.

Mais, "souvent, la frontière entre le fait qu'on moque une religion ou ses adeptes est très fine et compliquée à établir", relève M. Ader. "Pour l'islam, c'est moins les musulmans que le culte lui-même, ses représentations ou ses interdictions de représentations, qui sont visées".

Le parquet de Vienne, en plus d'une enquête sur les auteurs des menaces visant la jeune fille, avait initialement ouvert une enquête pour "provocation à la haine à l'égard d'un groupe de personnes, en raison de leur appartenance (...) à une religion déterminée".

Mais l'a classée sans suite quelques jours plus tard. Il n'y avait pas de "volonté d'exhorter à la haine ou à la violence contre des individus", a expliqué le procureur.

Un sondage paru dans Charlie Hebdo mercredi montrait que les Français dans leur ensemble, croyants ou non, sont partagés  - à 50% pour, et 50% contre -  sur le droit de pouvoir critiquer les religions.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.