Affaire Grégory : la justice donne son feu vert aux nouvelles expertises ADN

Affaire Grégory : la justice donne son feu vert aux nouvelles expertises ADN
Les scellés des vêtements de Grégory Villemin présentés le 3 décembre 2008 devant la cour d'appel de Dijon.

publié le mercredi 27 janvier 2021 à 11h40

Les parents de la petite victime, Christine et Jean-Marie Villemin, avaient sollicité la chambre d'instruction de la cour d'appel de Dijon, en charge du dossier, pour demander "une recherche d'ADN de parentèle", ce qui leur a été accordé, selon un de leurs avocats. 

Un nouvel espoir pour les parents de Grégory Villemin, 36 ans après sa mort. La chambre d'instruction de la Cour d'appel de Dijon a accepté, mercredi 27 janvier, "la quasi-totalité" des demandes de nouvelles expertises, notamment en recherche d'ADN de parentèle, dans l'enquête sur l'assassinat du petit garçon en 1984. "La cour d'appel a fait droit à la quasi-totalité des demandes de nouvelles recherches, notamment en matière de parentèle", a indiqué à l'AFP  Me François Saint-Pierre, un des avocats du couple Villemin.



Thierry Pocquet du Haut-Jussé, procureur général de Dijon, a confirmé, dans un courriel à l'AFP, que "la chambre d'instruction a fait droit à la grande majorité des demandes présentées par les parties civiles", sans plus de précision. "La cour a tout accepté sauf une demande concernant un médecin qui était intervenu en novembre 1995", précise Me Saint-Pierre dans une interview téléphonique à l'AFP

La chambre a en particulier accepté que soient conduites de nouvelles recherches selon la méthode de l'"ADN de parentèle", qui permet de comparer une empreinte génétique avec d'autres susceptibles d'être issues de la même parenté. Cette méthode avait été employée avec succès dans quelques "cold cases" criminels, comme en 2012 dans le dossier Élodie Kulik, violée et assassinée dix ans plus tôt. Les Villemin demandaient que les nouvelles recherches portent sur les neuf traces ADN prélevées sur des courriers anonymes, une seringue et les vêtements de l'enfant. Ces éléments ont été transmis au Fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG). 

Prélèvement d'ADN sur 37 personnes 

La cour a également accepté le prélèvement d'ADN de 37 personnes qui ont été plus ou moins proches de Grégory et leur comparaison avec différents profils ADN. Me Marie-Christine Chastant-Morand, autre avocate des époux Villemin, qualifie de "très positif" l'arrêt de la chambre de Dijon. "On est très satisfaits. J'ai eu Jean-Marie Villemin ce matin, il est à l'unisson avec moi, il est très satisfait". 

Le 16 octobre 1984, Grégory Villemin, 4 ans, était retrouvé mort, pieds et mains liés, dans la Vologne, à Docelles (Vosges), quelques heures après avoir disparu du jardin de la maison familiale où il jouait. Sa mort demeure l'une des plus grandes énigmes criminelles en France. 

Christine et Jean-Marie Villemin avaient demandé, le 16 décembre, devant la chambre de l'instruction de la Cour d'appel de Dijon, où le dossier est instruit depuis 1987, que ces nouvelles expertises soient diligentées. De précédentes expertises génétiques n'avaient rien donné.

Les parents de Grégory demandaient aussi de nouveaux prélèvements génétiques sur plusieurs personnes, sollicitent le recours au "portrait-robot génétique", qui permet, à partir d'une empreinte ADN, de déterminer la couleur des cheveux ou des yeux d'une personne.

"Un crime collectif" 

Les résultats des expertises, pas attendus avant plusieurs mois, pourraient apporter des "pièces" intéressantes au "puzzle" que constitue ce dossier, espère Me Thierry Moser, avocat historique des Villemin. "Nous sommes convaincus d'avoir affaire à un crime collectif", explique-t-il. Dans son livre paru récemment, "Parole d'avocat", Jean-Marie Villemin, aujourd'hui âgé de 62 ans, dit son espoir d'aboutir "dans un avenir pas trop éloigné, à une juste solution".




Déjà riche en rebondissements, ce dossier avait connu en 2017 un développement inattendu, nourri par le logiciel d'analyse criminelle Anacrim. Trois personnes ont été mises en examen : Marcel et Jacqueline Jacob, le grand-oncle et la grand-tante de Grégory, alors âgés de 72 ans, et Murielle Bolle, 51 ans, personnage-clé de l'affaire. Mais ces trois mises en examen avaient été annulées en mai 2018 sur des points de procédure. 

L'ADN des Jacob n'est "nulle part"

Interrogés par l'AFP, les avocats des Jacob affichent leur scepticisme face aux demandes des Villemin. "Je ne suis pas persuadé que ça soit très pertinent" dans un dossier qui relève du "naufrage", a déclaré Me Frédéric Berna, l'un des conseils de Jacqueline, qui insiste : l'ADN des Jacob n'est "nulle part". 

L'ADN parentèle "peut être intéressant", nuance Me Stéphane Giuranna, conseil de Marcel. Le dossier contient des empreintes génétiques inconnues. "Une fois identifiées, on pourra avancer", poursuit-il, même s'il a "du mal à y croire". Sa certitude, partagée par plusieurs acteurs du dossier : l'affaire ne se résoudra "que par des preuves scientifiques".

"Un tel secret de famille est insupportable"

D'autres espèrent que les langues finissent par se délier, à l'image du procureur général de Dijon, Thierry Pocquet du Haut-Jussé : "il y a sans doute des gens qui savent des choses et qui les taisent (...) J'espère qu'un jour, quelqu'un contribuera à la recherche de la vérité en disant ce qu'il peut dire", a-t-il confié la semaine dernière au quotidien L'Est Républicain.

Parmi les autres éléments qui pourraient relancer l'enquête : un rapport de stylométrie. Révélé par Le Parisien, il incriminerait "un suspect" mais n'a étonnamment pas encore été versé au dossier. Des auditions ont également eu lieu récemment et d'autres sont à prévoir, selon Me François Saint-Pierre, qui défend également les époux Villemin : "La parole peut se libérer. Pour les nouvelles générations, un tel secret de famille est insupportable". 

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