Aéroport de ND-des-Landes : "Il vaut mieux arrêter les frais" (Royal)

Aéroport de ND-des-Landes : "Il vaut mieux arrêter les frais" (Royal)
La ministre de l'Environnement, Ségolène Royal, à Bruxelles le 30 septembre 2016.

, publié le dimanche 16 octobre 2016 à 10h40

Ségolène Royal persiste malgré les recadrages de Manuel Valls. Elle est contre l'évacuation par la force du site de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique).

"Mieux vaut arrêter les frais", explique-t-elle au Journal du dimanche (JDD). La ministre de l'Environnement redoute un drame et souhaite l'abandon du projet actuel.

Ségolène Royal le martèle ces derniers jours : elle est "opposée" à l'usage de la force "car cela mettrait en danger non seulement les gendarmes mobiles mais aussi les militants". Elle espère "obtenir des résultats par la non-violence" sur ce dossier qui n'en finit pas de diviser le gouvernement. Malgré les propos de sa ministre, le Premier ministre avait assuré mardi que l'évacuation des occupants du site "se fera d'ici à la fin de l'automne" (21 décembre).



Si l'on en croit des extraits du livre "Un président ne devrait pas dire ça..." sorti mercredi, François Hollande semble lui prendre le contre-pied de son Premier ministre. Le chef de l'État aurait confié aux deux journalistes du Monde que l'aéroport "ne verra pas le jour". Le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, a toutefois ajouté que ces propos n'étaient plus d'actualité, le référendum (de juin) approuvant sa construction étant intervenu entre-temps.

"UNE SOLUTION PACIFIQUE EST POSSIBLE"

"Je comprends l'exaspération devant l'occupation illégale du terrain, mais ma conception de l'État est qu'il doit être médiateur et aider chaque partie à sortir des postures", juge cependant Ségolène Royal. "C'est d'autant plus son rôle qu'il s'agit ici d'un ouvrage qui coûtera entre 800 millions et 1 milliard d'euros alors qu'il y a tant besoin d'infrastructures dans toutes les régions". Et la ministre de poursuivre : "les élus locaux ne veulent pas perdre la face, c'est compréhensible. Mais le résultat du référendum, positif pour eux, leur permet justement de prendre acte de cette caution tout en reconnaissant que devant le blocage sur le terrain, il vaut mieux arrêter les frais. L'évacuation se ferait alors pacifiquement".


"J'appelle toutes les parties à faire un effort de bon sens. Une solution pacifique est possible", poursuit-elle. "Oui, nos forces de l'ordre ont d'autres missions à mener en ce moment, liés au terrorisme, à la situation dans le Calaisis". Le ministère de l'Intérieur prévoit l'intervention de 25 compagnies mobiles (près de 2.500 hommes) pour évacuer la ZAD et tenir la zone du chantier pour que les travaux puissent se dérouler dans de bonnes conditions, explique par ailleurs l'hebdomadaire. "Nous avons 168 unités de forces mobiles en tout, mais 60 sont au repos par roulement, 10 en formation, et 75 occupées aux missions permanentes de sécurité, ce qui laisse un volant opérationnel de 23 unités", précise-t-on la place Beauvau. Une réunion est prévue ce jeudi à Matignon avec le ministre de l'Intérieur.

L'ancienne candidate à l'élection présidentielle rappelle qu'"il y a eu un mort pendant une évacuation, à Sivens", une référence au décès du jeune écologiste Rémi Fraisse lors d'un affrontement avec des gendarmes sur le chantier du barrage de Sivens (Tarn) en octobre 2014. "Imaginons seulement un instant qu'il y ait mort d'homme, parmi les forces de l'ordre ou du côté des manifestants. Ce serait gravissime ! (...) Et même si je ne suis pas entendue au moins l'aurais-je dit".

La cour administrative d'appel de Nantes examinera le 7 novembre les recours déposés par les opposants au projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) contre les arrêtés préfectoraux autorisant les travaux. En première instance, le 17 juillet 2015, le tribunal administratif de Nantes avait rejeté les recours des opposants, validant ainsi les arrêtés du préfet de Loire-Atlantique dits "loi sur l'eau" et "espèces protégées" et la déclaration d'utilité publique du programme de réaménagement de plusieurs routes autour du site.


Ces arrêtés autorisaient le concessionnaire du futur site, Aéroports du Grand Ouest (AGO), filiale de Vinci, à détruire les zones humides qui abritent près de 100 espèces protégées ou à les déplacer, afin d'aménager et exploiter la plateforme aéroportuaire ainsi que la desserte routière de l'aéroport, mais avec des mesures de compensation écologique insuffisantes, selon les opposants.

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