Adama Traoré: trois ans après, appel à une marche "historique" contre les "violences policières"

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Marche à Beaumont-sur-Oise le 22 juillet 2016 à la mémoire d'Adama Traoré
Marche à Beaumont-sur-Oise le 22 juillet 2016 à la mémoire d'Adama Traoré
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© AFP, Thomas SAMSON

AFP, publié le jeudi 18 juillet 2019 à 17h11

Trois ans après la mort d'Adama Traoré lors d'une interpellation, ses proches organisent une marche samedi à Beaumont-sur-Oise, espérant faire de cette journée un "acte historique" contre les "violences policières", avec notamment le soutien de "gilets jaunes".

Plusieurs groupes de "gilets jaunes" ont appelé à se rendre dans cette petite commune du Val-d'Oise et à faire de la marche leur "acte 36" national. 

La manifestation doit passer devant la caserne de gendarmerie où la mort d'Adama Traoré avait été constatée le 19 juillet 2016, peu après son arrestation au terme d'une course-poursuite.

L'affaire, toujours à l'instruction, est depuis devenue un symbole des "violences policières".

Ainsi, au-delà du soutien au "combat Adama", les manifestants défileront pour "toutes les victimes" des forces de l'ordre, avec un mot d'ordre: "Ripostons à l'autoritarisme".

Dans le cortège sont aussi attendus, au côté des "gilets jaunes", militants antifascistes, écologistes ou collectifs de défense des sans-papiers. Tous ceux avec qui le Comité Adama s'efforce depuis plusieurs mois de construire une "alliance de luttes".

"On veut faire de cette journée, de la banlieue et de Beaumont-sur-Oise, un centre politique important", explique à l'AFP Youcef Brakni, du Comité Adama.

En décembre, le Comité avait été l'un des rares en banlieue à appeler à manifester au côté des "gilets jaunes", persuadé de revendications sociales communes avec les quartiers populaires.

L'année dernière, quelque 1.500 personnes avaient défilé à Beaumont et l'ensemble des formations de gauche (LFI, PS, PCF, EELV, NPA ...) avaient fait le déplacement. "L'objectif était de forcer la gauche à prendre position sur les violences policières", poursuit Youcef Brakni.

Cette fois, le but est de "tisser des alliances" pour "résister et riposter à l'autoritarisme" qui, après les quartiers populaires, "se généralise à toute la société", en témoigne la "répression féroce" des manifestations "gilets jaunes", selon les collectifs et personnalités ayant appelé à marcher samedi.   

Parmi eux, les écrivains Annie Ernaux, Edouard Louis ou le sociologue Geoffroy de Lagasnerie. Des soutiens de longue date du Comité aux côtés d'artistes comme le rappeur Fianso, qui donnera un concert à l'issue de la marche.

Plusieurs organisations, le PCF, la Ligue international des droits de l'homme (LDH) ou Amnesty International, appellent aussi à se joindre à la marche, inquiets du "nombre inédit de blessés graves" lors des récentes manifestations, selon Amnesty.

"Les +gilets jaunes+ ont subi les violences policières que nous subissons depuis des années", appuie Assa Traoré, la soeur du jeune homme.

- Nouvelle expertise médicale attendue -

"On ne lâchera pas", ajoute la jeune femme, devenue porte-parole de la famille, qui réclame la mise en examen des gendarmes et dénonce un "déni de justice". 

En mars, les juges d'instruction qui s'apprêtaient à clore leur enquête sans mettre en cause les gendarmes, ont rouvert leurs investigations après la remise d'un rapport médical réalisé à la demande de la famille et qui contredisait les conclusions sur le décès, attribué jusque-là à l'état de santé antérieur du jeune homme.

Le Comité s'est félicité mardi que de nouvelles "investigations techniques" aient été effectuées pour calculer la distance parcourue par Adama Traoré lors de la course-poursuite.

En l'occurrence, une distance de "450 mètres" à "vol d'oiseau", incompatible, selon ses proches, avec les observations du collège d'experts désigné par les juges qui "avaient affirmé qu'Adama Traoré avait fourni un effort intense durant 15 minutes avant d'être interpellé".

En revanche, les juges n'ont pas encore ordonné la nouvelle expertise médicale annoncée en avril, après la remise du rapport fait à la demande de la famille.

"La décision des juges d'ordonner une énième expertise va rallonger inutilement l'enquête. Les gendarmes doivent être jugés pour avoir causé la mort d'Adama Traoré", a réagi l'avocat de la famille Traoré, Me Yassine Bouzrou, sollicité par l'AFP.

En 2016, plusieurs nuits de violences avaient suivi la mort d'Adama Traoré. Son grand frère, Bagui, a récemment été renvoyé devant les assises pour tentative d'assassinat, accusé d'avoir tiré sur les forces de l'ordre lors de ces violences.

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