Accusé de "bafouer le droit du travail", le concours de Miss France attaqué aux prud'hommes

Accusé de "bafouer le droit du travail", le concours de Miss France attaqué aux prud'hommes
Lors de l'élection de Miss France 2021, le 19 décembre 2020.

publié le mardi 19 octobre 2021 à 09h55

Il est toutefois peu vraisemblable qu'une décision soit rendue avant le prochain concours qui doit se tenir le 11 décembre à Caen.

Elles doivent mesurer au moins 1,70 m, être célibataires et sans enfant, ne pas fumer en public ou porter des tatouages visibles et être "représentatives de la beauté" : les critères de recrutement des candidates à l'élection de Miss France sont "discriminatoires", ce qui viole le droit du travail, dénonce Osez le féminisme. L'association féministe et trois femmes qui affirment avoir dû renoncer à se présenter au concours car elles ne satisfaisaient pas aux exigences des organisateurs ont donc décidé "d'attaquer en justice" la célèbre compétition, diffusée chaque année en décembre par TF1.

Endemol, qui produit l'émission, "utilise des femmes pour fabriquer un programme audiovisuel extrêmement lucratif tout en bafouant le droit du travail", estiment les requérantes, qui ont annoncé lundi 18 octobre avoir saisi le conseil des prud'hommes de Bobigny.

La procédure vise les sociétés Miss France et Endemol Production.



Les candidates à la couronne de beauté ne signent certes aucun contrat de travail avec les organisateurs du concours. Mais leur relation avec Endemol doit bien s'analyser comme celle liant un salarié à son employeur, affirme l'association, qui s'appuie sur une jurisprudence de 2013, concernant le concours "Mister France".

Or, le Code du travail interdit, dans un recrutement, tout critère lié "aux mœurs, à l'âge, à la situation de famille ou à l'apparence physique", a expliqué à l'AFP Me Violaine De Filippis-Abate, l'avocate d'Osez le féminisme. En conséquence, les requérantes demandent aux prud'hommes de condamner les organisateurs du concours à supprimer de leur règlement ces clauses discriminatoires, comme celles interdisant de fumer en public, ou de porter des tatouages visibles ou des piercings. Interrogée par l'AFP, la société Miss France a refusé de réagir "dans l'immédiat" à cette procédure. 

Au vu de la longueur habituelle de cette dernière, il est peu vraisemblable qu'une décision soit rendue avant le prochain concours, qui aura lieu le 11 décembre à Caen, a reconnu Me Violaine De Filippis-Abate.


Reprenant des arguments brandis depuis plusieurs années par de nombreuses militantes, Osez le féminisme impute au concours Miss France "un impact négatif et rétrograde sur l'ensemble de la société". Dans son "rapport annuel sur l'état des lieux du sexisme en France", en 2019, le Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes (HCE), une instance consultative chargée de conseiller le gouvernement, avait lui-même qualifié le concours Miss France de "caricature archaïque". Il avait dénoncé notamment l'exigence faite aux candidates d'être célibataires et sans enfant, et même de ne jamais avoir été mariées. 
 

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