Accusations de violences sexuelles : Nicole Belloubet conseille à Adèle Haenel de "saisir la justice"

Accusations de violences sexuelles : Nicole Belloubet conseille à Adèle Haenel de "saisir la justice"
Adèle Haenel, le 20 mai 2019 au Festival de Cannes.

, publié le mercredi 06 novembre 2019 à 09h56

La Garde des Sceaux a estimé que la comédienne, qui accusé le réalisateur Christophe Ruggia d'"attouchements" et de "harcèlement sexuel" lorsqu'elle était adolescente, "a(vait) tort de penser que la justice ne p(ouvait) pas répondre à ce type de situations".

Les déclarations d'Adèle Haenel ce week-end ont bouleversé le cinéma français. L'actrice française de 30 ans a mis en cause le réalisateur Christophe Ruggia, avec qui elle a tourné, à l'âge de 13 ans, son premier film "Les Diables", dans une enquête publiée dimanche par Médiapart.

Elle a raconté "l'emprise" qu'il a exercée sur elle pendant la préparation et le tournage du film, puis un "harcèlement sexuel permanent", des "attouchements" répétés et des "baisers forcés dans le cou", qui auraient eu lieu chez lui et lors de plusieurs festivals internationaux, le tout alors qu'elle était âgée de 12 à 15 ans.

Les faits ne sont pas prescrits, pour autant l'actrice a fait savoir qu'elle ne comptait pas saisir la justice, estimant qu'il existe "une violence systémique faite aux femmes dans le système judiciaire". "La justice nous ignore, on ignore la justice", a-t-elle expliqué, regrettant que les agresseurs et les violeurs soient "si peu" condamnés.



"Une nécessité" de saisir la justice

"J'ai entendu ce qu'elle a dit et j'ai trouvé que c'était très courageux. J'ai été choquée par ce qu'elle a dit sur la justice, choquée pas au sens critique, mais au sens où elle l'a formulé ainsi", a réagi mercredi 6 novembre sur France Inter la ministre de la Justice Nicole Belloubet.

"Je pense qu'elle a tort de penser que la justice ne peut pas répondre à ce type de situation", a-t-elle estimé. "Au contraire, surtout avec ce qu'elle a dit, elle devrait saisir la justice qui me semble être en capacité de prendre en compte ce type de situations", a-t-elle ajouté.

"C'est difficile qu'il (le parquet) se saisisse sur les faits tels que je les ai lus, a néanmoins reconnu la Garde des Sceaux. Mais vraiment, je pense qu'il y a presque une nécessité, à partir de ce qu'elle a dit, de poser cette question à la justice pour que les choses soient traitées clairement et objectivement. Elle en ressortira renforcée, et la personne qui est mise en cause également".

Les accusations de l'actrice ont provoqué la radiation immédiate de Christophe Ruggia de la Société des réalisateurs de films (SRF), qui "réfute catégoriquement avoir exercé un harcèlement quelconque ou toute espèce d'attouchement sur cette jeune fille alors mineure".


Un tournant ?

Le témoignage d'Adèle Haenel a suscité un flot de réactions sur les réseaux sociaux, parmi lesquelles des messages de soutien au sein du 7e Art. "Une grande admiration pour Adèle Haenel, qui parle pour celles qui sont dans l'ombre...", a témoigné l'actrice Julie Gayet sur Instagram.



"Adèle, ton courage est un cadeau d'une générosité sans pareille", a posté de son côté l'Oscarisée Marion Cotillard. "Tu brises un silence si lourd".



Ses déclarations font en effet l'effet d'un coup de tonnerre dans le cinéma français. Si d'autres comédiennes ont témoigné contre des réalisateurs ou producteurs, aucune, aussi célèbre qu'elle, ne l'avait fait jusqu'ici à découvert, avec un récit appuyé par des témoins qui révèlent leur identité. "Je pense que c'est une sorte de tournant. C'est la première fois en France qu'une actrice internationalement connue, qui travaille beaucoup et a une cote d'enfer, prend la parole sur ce sujet là", estime la journaliste Véronique Le Bris, fondatrice du site cine-woman.fr, pour qui "ça va forcément avoir des conséquences". "Je ne sais pas si ça suffira, mais c'est quand même une étape", a-t-elle ajouté.
 

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