Accident de Millas : une avocate demande la mise en examen du médecin de la conductrice

Accident de Millas : une avocate demande la mise en examen du médecin de la conductrice
Le car scolaire percuté par un train à Millas, le 15 décembre 2017.

, publié le jeudi 04 avril 2019 à 15h52

La conductrice du car prenait un somnifère in compatible avec la conduite depuis plusieurs années. En outre, il est recommandé de n'en prendre que pendant deux mois.

Une avocate de familles endeuillées par l'accident mortel en 2017 d'un car scolaire à Millas (Pyrénées-Orientales) a souhaité jeudi 4 avril la mise en examen du médecin traitant de la conductrice pour administration abusive d'un somnifère. Maître Jehanne Collard a indiqué à l'AFP avoir demandé au juge d'instruction "qu'il demande au parquet un réquisitoire supplétif pour élargir l'information au médecin". Le parquet n'avait pas été saisi jeudi, a affirmé à l'AFP le procureur de la République de Marseille Xavier Tarabeux, rappelant que la mise en cause du somnifère Zopiclone a "déjà été évoquée dans le dossier d'instruction"



Selon l'avocate, qui défend les familles de trois des six collégiens tués, le médecin traitant porte "une responsabilité pénale" pour avoir prescrit pendant deux ans ce somnifère à la conductrice. La notice du Zopiclone en limite la durée d'administration à deux mois et prévient qu'il peut affecter les réflexes de conduite

Me Collard avait déjà affirmé à l'AFP en décembre dernier que la conductrice prenait ce somnifère depuis sept ans. Elle a relancé l'affaire après une réponse sur la dangerosité du médicament adressée par Sanofi, son fabricant, au juge d'instruction. Selon elle, il en découle qu'une administration prolongée du Zopiclone peut en "potentialiser les effets", parmi lesquels des  "absences". 

"Vous ne savez plus où vous êtes et qui vous êtes"

"Pendant quelques minutes vous ne savez plus où vous êtes et qui vous êtes", c'est "probablement ce qui s'est passé lors de l'accident", une collision entre le car et un train à un passage à niveau, a-t-elle avancé.

Me Jean Codognès, l'avocat de la conductrice -mise en examen pour "homicides et blessures involontaires par imprudence"- a dénoncé une manipulation. "En diffusant ce genre d'informations, on essaie de mettre dans la tête des gens" que la conductrice a franchi le passage à niveau alors que "les barrières étaient fermées, ce qu'à l'heure actuelle rien ne permet d'établir", a-t-il dit à l'AFP. 



Le procureur de Marseille avait indiqué en décembre dernier qu'"en l'état de l'instruction", les expertises démontraient que la conductrice aurait franchi le passage alors que les "barrières étaient fermées". Me Codognès, dont la cliente a toujours soutenu le contraire, a précisé avoir obtenu en octobre qu'un "complément d'expertise" soit mené. 

M. Tarabeux a rappelé jeudi que selon la notice transmise par Sanofi, la prise de cette molécule "est déconseillée moins de 12 heures avant une activité nécessitant de la vigilance". En l'occurrence, la conductrice avait affirmé avoir pris "un demi comprimé à 20H00 la veille" du drame, survenu dans l'après-midi, une déclaration "plutôt corroborée par les traces relevées lors de l'analyse sanguine", a-t-il ajouté. "Mais l'instruction n'est pas terminée", a-t-il insisté. 

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