Absence des enseignants : le ministère de l'Éducation nationale épinglé par la Cour des comptes

Absence des enseignants : le ministère de l'Éducation nationale épinglé par la Cour des comptes©FREDERICK FLORIN / AFP

publié le jeudi 02 décembre 2021 à 08h45

Selon la Cour des comptes, près de 10% des heures de cours au collège et au lycée ont été perdues lors de l'année scolaire 2018-2019 à cause des absences d'enseignants. Des absences chiffrées à 4 milliards d'euros, qui sont dans la plupart du temps indépendantes de la volonté du professeur.

Les absences de professeurs au collège et au lycée sont "de moins en moins tolérée par les parents d'élèves, voire par les élèves eux-mêmes", note la Cour des comptes dans un rapport publié jeudi 2 décembre.

Et pour cause : selon les données de l'année scolaire 2018-2019, dernière année normale avant la crise du Covid-19, 10,7 % d'heures de cours ont été perdues dans les lycées généraux et technologiques, 9,8 % dans les lycées professionnels et 8,3 % dans les collèges, soit une hausse de 24% par rapport à l'année précédente. 

Les absences dites de courte durée, de moins de 15 jours, représentent à elles seules 2,5 millions d'heures. Et une sur cinq seulement sont remplacées.



4 milliards d'euros

La plupart du temps, ces absences sont indépendantes de la volonté des professeurs. En effet, deux tiers d'entre elles sont liées à des obligations de service (formation, réunion pédagogique, participation à un jury d'examen, établissement fermé pour les épreuves du bac ou du brevet, sortie scolaire...). La Cour des comptes souligne par ailleurs que la proportion d'enseignants absents pour cause de maladie ordinaire sur une journée donnée est inférieure à celle des salariés du privé et des autres ministères.

Les magistrats de la rue Cambon chiffrent le coût global de ces absences à 4 milliards d'euros, un chiffre largement supérieur à celui du ministère de l'Éducation nationale, qui ne prend en compte que le surcoût des remplacements (2,7 milliards). La Cour a également ajouté le manque à gagner d'une prestation payée et non effectuée.

Quelles solutions ?

Pour améliorer cette situation, la Cour des comptes recommande au ministère de se doter "d'une véritable stratégie reposant sur plusieurs piliers qui lui font encore défaut : la connaissance du phénomène, la prévention en matière de santé, les moyens de limiter et de compenser les absences de courte durée".

Elle ne préconise pas de recruter plus de remplaçants, mais de laisser plus de libertés aux chefs d'établissement pour s'organiser, en favorisant notamment les remplacements entre collègues au sein du même collège ou lycée, par le biais des heures supplémentaires. Néanmoins, "la simple relance des protocoles de remplacement au sein des établissements du second degré ne suffit pas, car le chef d'établissement reste toujours aussi dépourvu de moyens pour trouver des remplaçants en dehors des volontaires", déplore la Cour, qui évoque la possibilité de contraindre les professeurs. 

Les magistrats suggèrent également une meilleure organisation, en programmant par exemple les formations les jours où les enseignants n'ont pas cours. Et pourquoi pas utiliser des logiciels pour trouver le meilleur créneau lorsque la formation concerne plusieurs enseignants. Les professeurs pourraient par ailleurs enregistrer une vidéo de son cours pour la diffuser pendant son absence. 

Dans sa réponse à la Cour, le ministre Jean-Michel Blanquer, évoque les solutions numériques, des élèves pouvant être encadrés par un assistant d'éducation pour suivre des cours en ligne. Il suggère également de favoriser les journées de formation lors des vacances scolaires. Payées 120 euros par jour, pendant cinq jours par an, les magistrats jugent cependant que ce recours doit être marginal, pour éviter un surcoût.
 

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