A Versailles, l'Eglise accusée de "silence" face à un prêtre soupçonné d'abus sexuels

A Versailles, l'Eglise accusée de "silence" face à un prêtre soupçonné d'abus sexuels
Des femmes catholiques pratiquantes reprochent au diocèse de Versailles un "silence" face à un prêtre soupçonné d'abus sexuel

AFP, publié le jeudi 24 mai 2018 à 18h11

Des femmes catholiques pratiquantes reprochent au diocèse de Versailles un "silence" et des "dysfonctionnements" face à un prêtre visé par deux plaintes pour abus sexuels, une attitude révélatrice selon elles d'une "institution qui se protège, pas d'une Eglise mère".

Ce dossier traduit une certaine libération de la parole chez des fidèles très engagées dans l'Eglise, après une série de scandales dans plusieurs diocèses depuis l'affaire de pédophilie de Lyon révélée en 2015.

Au coeur de l'affaire: une liaison d'un an, jusqu'en janvier 2016, entre un prêtre diocésain et une fidèle. Cette quadragénaire dit avoir subi l'emprise de celui qui était alors son accompagnateur spirituel. "Elle était un objet sexuel", affirme à l'AFP une de ses amies. 

L'intéressée s'inquiète également de la manipulation exercée à ses yeux par ce prêtre "quadra" sur sa fille de 13 ans, qu'il invite parfois à dormir au presbytère.

Ces liens sont matérialisés par plus de 250 mails et plus de 2.500 SMS - dont certains consultés par l'AFP - adressés par le prêtre à la mère voire à l'adolescente et parfois assortis de menaces voilées.

En décembre 2016, la mère de famille a porté plainte à Versailles contre le prêtre pour "agressions sexuelles", "corruption de mineure" et "harcèlement moral" sur sa fille. Pour elle-même, une plainte vise des allégations de "harcèlement" et "viol".

Le prêtre a été placé en garde à vue fin mars 2017 mais remis en liberté. Sollicité par l'AFP, le parquet n'a pas souhaité communiquer "compte tenu de la minorité de la supposée victime". "Les plaintes sont toujours en cours d'instruction", indique toutefois une source proche du dossier. L'avocat du prêtre, lui, n'a pu être joint dans l'immédiat.

- Appel à témoignages -

Quelle que soit l'issue du dossier pénal, c'est surtout le silence des autorités de leur diocèse que ces mères de famille de l'Ouest parisien, d'ordinaire très légitimistes vis-à-vis de leur clergé, entendent dénoncer.

Déçues par les réponses de l'évêque de Versailles Mgr Eric Aumonier, plusieurs d'entre elles ont décidé de sortir du silence, mais sous couvert d'anonymat: "Le problème, à Versailles, c'est la peine de mort sociale. Si on connaît le nom des victimes et celui de ces courageuses mères de familles, elles, leurs maris et leurs enfants seront flingués par le milieu", fait valoir une source ecclésiastique.

Alors que son vicaire général a été informé de l'affaire en avril 2015, l'évêque a démis le prêtre de ses charges en décembre 2016 et l'a envoyé dans une communauté romaine. Mais dans les mois qui suivent, le prêtre accompagne encore des couples de laïcs, accepte de célébrer un baptême, est repéré à la sortie d'une messe lors d'un week-end scout...

"La justice française n'ayant pas pris de mesure contre lui, il lui est possible de revenir voir ses proches, ce qui explique que des personnes aient pu le croiser, mais il ne peut participer à aucun moment de la vie des paroisses du diocèse", indique à l'AFP l'évêché, qui rappelle avoir pris des "mesures conservatoires" contre le prêtre. 

Le diocèse assure aussi qu'une instruction canonique - une enquête de l'Eglise - "sera enclenchée dès que la justice française aura vérifié les faits reprochés et indiqué quels délits seraient retenus".

Après un courrier envoyé à Rome par les mères mobilisées, Mgr Aumonier a reçu la plaignante en décembre dernier.

Mais ces femmes attendent que l'évêque communique sur ce dossier et officialise la mise au ban du prêtre.

L'une d'elles parle de "dysfonctionnement local": "On a beau aimer profondément notre Eglise, on ne comprend pas".

Une de ses amies a créé une adresse mail pour "appeler à témoigner les personnes qui se sont heurtées au diocèse". Elle évoque "un malaise" dans les Yvelines, où un autre prêtre a reconnu en mars 2017 un "comportement inapproprié" envers une lycéenne.

"La gestion catastrophique de deux ou trois brebis galeuses jette l'opprobre sur la majorité des prêtres, qui donnent leur vie" pour l'Eglise, estime une de ces mères.

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