À Rennes, un petit groupe disparate de "gilets jaunes" toujours "déterminés"

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Un manifestant du mouvement des "gilets jaunes" à Rennes, le 20 novembre 2018
Un manifestant du mouvement des "gilets jaunes" à Rennes, le 20 novembre 2018
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© AFP, SEBASTIEN SALOM GOMIS

AFP, publié le mardi 20 novembre 2018 à 18h20

Contre les taxes, la malbouffe ou les vaccins... Un petit groupe de "gilets jaunes" aux revendications disparates a ralenti mardi la rocade de Rennes, non sans un certain degré d'improvisation, mais en se disant toujours très "déterminés".

"RDV 11H30 parking Leclerc Cleunay", annonçait la page Facebook locale. Avant l'heure dite, une vingtaine de manifestants étaient déjà rassemblés (sans leurs gilets) devant l'enseigne Flunch.

Céline, chauffeur-routier de 41 ans, suggère une première action à pied vers la rocade. Ce n'est pas très précis mais elle invite les manifestants à enfiler leurs gilets et à se diriger vers un rond point. 

"Si on vous insulte, vous laissez passer avec un grand sourire. Il y a eu assez de blessés en quatre jours", lance-t-elle.

"Là, on nous défonce sur les télés, il faut faire ça pacifiquement!", approuve un homme, bouc et lunettes noires.

Coup de téléphone, contre-ordre: finalement, tout le monde enlève son gilet et retourne sur le parking. "On ne se bat pas que pour le gazole", raconte en chemin Marie, 46 ans, infirmière en maison de retraite. "On se bat pour nos anciens: l'inflation de la CSG, c'est pas normal."

"C'est un tout, c'est tout qui s'accumule", poursuit Marine, aide-soignante de 24 ans. "La solution, c'est de pas aller bosser, d'avoir dix enfants et de toucher les aides", précise-t-elle, décrivant "certaines personnes qui en profitent" et qui "en plus partent en vacances". La jeune femme reconnaît ne pas en connaître personnellement mais "on en voit partout à la télé".

Arrive alors Gaëtan, 34 ans, cheveux ras, lunettes noires, veste de motard et boucle d'oreille. "Y a le chef qui veut parler!", lance Céline. "Y a pas de chef!", la coupe un homme.

- "Trop de taxes, trop de suicides, trop de SDF" -

"Désolé pour le retard, j'ai dormi qu'une heure, j'étais crevé", entame Gaëtan, à l'aide d'un mégaphone, une canette de boisson énergisante à la main.

"Ça y est j'ai les batteries rechargées. Cette fois, on bloque tout, il faut qu'ils comprennent", lance-t-il, pestant contre ce "gouvernement de merde", puis entonnant des "Macron, démission!". 

"Je trouve inadmissible de voir un parking de supermarché aussi plein alors qu'il y a tellement de taxes", s'agace-t-il. "Les gens s'assoient dans leur canapé, ils se plaignent mais qu'ils viennent avec nous!". C'est la "première manifestation" de ce fort en gueule, qui se décrit comme un "ancien artisan" ("soi-disant, j'aurais fait du black", explique-t-il).  

Une quarantaine de manifestants, aux profils très variés, sont désormais rassemblés entre les voitures. Josselin Leroy, lycéen de 17 ans en Terminale, a ainsi séché son cours de philo pour participer à l'action. "Je ne paye pas encore de carburant mais je sais que si les +gilets jaunes+ gagnent ce combat, je le paierai beaucoup moins cher", dit-il. "C'est un combat généreux, de solidarité générationnelle, je trouve ça vraiment magnifique", ajoute le jeune homme.

Juste à côté, Claudine, 45 ans, "travailleuse handicapée", parle des "400 balles" qu'elle a pour payer ses factures chaque mois. "Malbouffe, vaccin: il faut arrêter tout ça!", dit-elle.

"Ils cherchent à détruire l'amour. Pour que le pognon gagne, on détruit l'amour", enchaîne Sylvain, 48 ans, son compagnon musicien, qui veut "réparer la lobotomisation".

C'est finalement une opération escargot sur la rocade qui est décidée. Elle durera une bonne partie de l'après-midi, dans un concert de klaxons et de slogans de toutes sortes. "Indignez-vous, trop de taxes, trop de suicides, trop de SDF, réveillez-vous", lance une banderole, brandie par un homme au volant de son camion. 

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