A quoi va ressembler le Bac 2020 ?

A quoi va ressembler le Bac 2020 ?
Dans un lycée de Papeete, sur l'île de Tahiti, en Polynésie française, le 18 mai.

, publié le samedi 06 juin 2020 à 15h00

ECLAIRAGE. En raison de la crise sanitaire, le baccalauréat sera délivré cette année sur la base du contrôle continu.

Pour cette édition particulière, le ministère de l'Education nationale compte sur la bienveillance des enseignants. 

Initialement, la réforme du baccalauréat prévue par le ministre Jean-Michel Blanquer devait faire la part belle au contrôle continu à partir de l'an prochain. L'épidémie de coronavirus aura précipité les choses : cette année, aucune épreuve finale ne sera prise en compte pour la délivrance de l'examen. 

Seules les notes des 1er et 2e trimestres comptent 

Selon les textes officiels parus cette semaine au bulletin officiel, "cette organisation exceptionnelle est conçue dans un esprit de bienveillance vis-à-vis des candidats". En clair, pas question qu'ils soient pénalisés par la fermeture des lycées, depuis le 16 mars. Ne seront prises en compte que les notes des premier et deuxième trimestres, avant le confinement. 




Les livrets scolaires, qui doivent tous être rendus d'ici au 15 juin, pourront aussi "valoriser" l'implication ou les progrès des élèves. enfin, les moyennes annuelles seront "arrondies à l'unité supérieure".

Des résultats "très inégaux selon les établissements"

Le bac sera-t-il pour autant donné à tout le monde ? Pas du tout, assure Claire Guéville, du Snes-FSU, premier syndicat du secondaire. "Les moyennes des deux premiers trimestres sont le plus souvent inférieures aux notes obtenues à l'examen final", regrette l'enseignante, qui s'inquiète de résultats "très inégaux selon les établissements". "Il va nous falloir des garanties sur le bon fonctionnement des jurys", demande-t-elle.

Ces jurys d'harmonisation, qui auront accès aux notes des élèves et à leurs appréciations, disposeront également d'éléments statistiques des lycées sur les trois dernières années, comme les résultats au bac dans chaque série ou le taux de mentions. Forts de ces données, ils pourront ainsi décider de "revaloriser la moyenne annuelle" d'un candidat.

Inquiétudes des lycées où on note sévèrement

C'est en tout cas le souhait des bons lycées, ayant la réputation de noter sévèrement leurs élèves, une pratique qui risque cette année de les désavantager. "Nous espérons pouvoir rassurer les familles, aujourd'hui un peu inquiètes", souligne ainsi Romuald Eyraud, proviseur adjoint du lycée du Parc, à Lyon. "D'ordinaire, environ les trois quarts de nos élèves ont des mentions, ce qui ne serait pas le cas cette année si on s'en tenait aux seules moyennes des deux premiers trimestres".

Aider en priorité ceux qui vont au rattrapage

D'autres établissements, réputés moins bons, contestent à l'inverse cette décision. "Cela nous condamne de nouveau à des résultats médiocres au bac cette année", regrette une professeure d'anglais en Terminale souhaitant garder l'anonymat. Pour de nombreux élèves de son lycée du centre de Paris, "c'est un peu la panique" : "ils ont tendance à travailler dans la dernière ligne droite, ils vont être très pénalisés par la seule prise en compte des bulletins du début d'année". "Comment les rassurer et faire en sorte qu'ils restent mobilisés ?", s'interroge-t-elle.

Les lycées ont commencé à rouvrir leurs portes cette semaine. Beaucoup veulent cibler ceux des élèves de Terminales qui savent déjà que leur moyenne sera comprise entre 08 et 10/20, qui iront au rattrapage (8 au 10 juillet). 

"Totalement déconnectés de l'école"

"Pour ces élèves, on va mettre en place des séances de coaching intensif", explique Pascal Bolloré, du SNPDEN, premier syndicat des chefs d'établissement, et proviseur à Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne). "On va leur proposer une forme de tutorat, c'est un vrai challenge pédagogique", précise Florence Delannoy, membre du SNPDEN et proviseure d'un lycée dans le Nord. "Ils ont la chance de savoir très tôt qu'ils iront à l'oral de rattrapage et en même temps ils sont, pour beaucoup, totalement déconnectés de l'école", souligne-t-elle.

Certains ne sont pas encore fixés sur leur sort, comme Hugo, en Terminale ES à Châtellerault (Vienne) : "J'ai fait le calcul de ma moyenne sur un simulateur en ligne. Ca me donne 10 pile, mais je pourrais rater le bac du premier coup pour un ou deux points", craint-il. Alors il essaye de se motiver pour travailler un peu chaque jour. A l'inverse, ses camarades qui sont sûrs de l'avoir "ont déjà tout lâché", assure-t-il.

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