A Paris, les étudiants kanak sont partagés entre le oui et le non à l'indépendance

A Paris, les étudiants kanak sont partagés entre le oui et le non à l'indépendance
Des étudiants kanak à la Maison des initiatives étudiantes (MIE), le 22 octobre 2018 à Paris

AFP, publié le mardi 23 octobre 2018 à 09h32

À deux semaines du référendum sur l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie les étudiants kanak d'Ile-de-France sont partagés sur leur vote: certains se disent persuadés que le oui à l'indépendance va l'emporter le 4 novembre, d'autres considèrent que le Caillou n'est "pas encore prêt" à s'émanciper. 

À 20 ans, Kayel Meandu, étudiant en master "Langues et cultures régionales", est persuadé qu'"une majorité de oui va l'emporter", même si les sondages prédisent une victoire du non. "Le référendum, pour moi c'est la continuité du travail de nos vieux. La situation va évoluer positivement", assure le jeune homme, arrivé il y a seulement un mois en métropole. 

Originaire de Koné (province nord, majoritairement indépendantiste), il explique avoir fait sa procuration avant de venir en métropole: "J'ai voté oui pour revendiquer le droit premier à pouvoir se gérer soi-même, et à être reconnu dans le monde".

Même "influencé" par sa famille, il dit avoir "cherché à savoir ce qui va se passer après" en cas de oui. Selon lui, "les leaders indépendantistes arrivent à répondre à toutes les questions concrètes, comme +qui va gérer les retraites, est qu'il y aura toujours la police, l'armée, ou est-ce que nous, les étudiants, dès le lendemain on va rentrer au pays+".

Pour Muneiko Haocas, présidente de l'association des étudiants et stagiaires kanak (AESK) de Paris, "la majorité des étudiants est pour l'indépendance". "Ils sont plus pour le +oui+, mais la question c'est souvent +est-ce que le pays est prêt?+".

A la Maison des initiatives étudiantes (MIE) de Paris, où l'association a son siège, Lina Waka-Céou, originaire de Poindimié (côte est), "balance entre les deux". Elle dit avoir "confiance en notre capacité à s'autogérer financièrement", tout en concédant une inquiétude concernant "ce que vont devenir les accords commerciaux et économiques".

"En tant que Kanak, j'ai besoin qu'on reconnaisse qu'on est un peuple, que du mal nous a été fait, et que ce sont nos terres", explique l'étudiante de 22 ans, en master de journalisme. "Mais d'un autre côté, j'ai grandi avec la France. Je me sens aussi fière d'être Kanak que Néocalédonienne, que Française".

-"Ne pas louper l'occasion"-

"J'ai grandi avec des Kanak, mais j'ai grandi aussi avec des Français, des Tahitiens, des Wallisiens, eux aussi ont fait celle que je suis aujourd'hui", poursuit la jeune femme à la chevelure bleue. Pour elle, "l'histoire a fait que, quelque part, on se doit de réclamer ce qui nous revient de droit, mais remettre le passé sur la table, c'est pas la solution".

Rowina Dokunengo, 26 ans, étudiante en criminologie à l'Université de Paris 8, a tranché: "On n'est vraiment pas prêts", dit-elle. "On est dans une zone tropicale, et là récemment on a vraiment eu beaucoup de cyclones. Je me dis que si un cyclone frappe très fort, (...) toute la population sera en danger, on n'est pas assez équipés", dit-elle rappelant que c'est la Nouvelle-Calédonie qui a aidé financièrement le Vanuatu, État voisin indépendant, lorsqu'il a été touché par un cyclone. "Si on est indépendant, qui nous donnera de l'argent?"

Originaire des îles Loyauté, la jeune femme s'inquiète aussi pour les étudiants qui comme elle viennent étudier en métropole, rappelant que "la vie est déjà très chère en Nouvelle-Calédonie". Si l'indépendance passe, "pour les futurs étudiants, le fait de payer encore un visa et de faire encore plus de papiers, ici ce sera vraiment galère. Surtout que nous en ce moment, on galère vraiment déjà pour pouvoir avoir un logement en termes de garants."

Yolande Honakoko, 40 ans, étudiante en master de direction des politiques jeunesse à l'Université de Paris-Créteil Est, juge aussi "important que la Nouvelle-Calédonie reste avec la France". "On n'est pas encore prêts" pour le transfert des compétences régaliennes en cas d'indépendance, estime-t-elle.

Mais "c'est la première fois qu'on va demander aux habitants de Nouvelle-Calédonie de choisir pour leur pays, il ne faut pas louper cette occasion", insiste-elle.

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