A Paris, l'hôpital soigne aussi les urgences d'hébergement

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 Mamadou photographié le 28 mars 2018 dans sa chambre, installée dans d'anciens locaux de l'hôpital Fernand-Widal, à Paris

Mamadou photographié le 28 mars 2018 dans sa chambre, installée dans d'anciens locaux de l'hôpital Fernand-Widal, à Paris

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© AFP, CHRISTOPHE ARCHAMBAULT
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AFP, publié le samedi 31 mars 2018 à 12h01

Dans un hôpital parisien promis à la fermeture, un bâtiment désaffecté est transformé en centre d'hébergement d'urgence, où seront bientôt installés 250 hommes, femmes et enfants sans abris, même après la trêve hivernale qui s'achève samedi.

Le vacarme des perceuses résonne jusqu'au pont qui enjambe les voies ferrées de la gare de l'Est, face à l'austère immeuble qui abritait autrefois un laboratoire de toxicologie et une unité de recherche. A mesure que les travaux avancent, cette excroissance de l'hôpital Fernand-Widal, accueille, étage par étage, toute la misère du monde.

Au premier, les "hommes isolés" sont arrivés en janvier. Ils sont aujourd'hui une vingtaine. Il y a Olivier, qui survivait "dans une tente au bois de Vincennes" et savoure désormais de dormir "au chaud, avec trois repas par jour, même s'il faut nettoyer les toilettes".

Il y a aussi Franck, qui a connu les nuits "sur les bancs, aux urgences, dans les gares", et Mohamed, qui a écumé "les escaliers d'immeubles, les bus de nuit".

Les familles se sont installées début mars, quand le deuxième étage a été livré. En quinze jours, une soixantaine de personnes y ont été relogées.

Nassima raconte comment, avec son mari Lyes et leurs trois enfants, elle est passée "d'hôtel en hôtel, trois jours ici, quatre jours là", puis dans un premier centre d'hébergement "pour la période de froid, mais on savait qu'on allait partir".

- "inconditionnel" -

"Ici, on se sent stable, les chambres sont grandes, les enfants sont à l'aise, ils ont de l'espace pour jouer", ajoute-t-elle. Qu'importe si les cinq lits sont dans la même pièce, les douches et les toilettes sur le palier et les repas servis au réfectoire.

"C'est beaucoup mieux que là où on était avant", résume Rokya, hébergée avec ses deux enfants après avoir traversé bien des épreuves: un décès, une expulsion, la rue, l'hébergement d'urgence.

Dans cette tour de Babel en chantier, certains ont un travail, comme Mamadou, livreur de pianos à mi-temps. D'autres parlent à peine français, comme Abeba et ses deux adolescents, exilés d'Erythrée.

Quelques enfants vont à l'école, les autres attendent la prochaine rentrée, sauf ce garçon lourdement handicapé que sa mère nourrit à la cuillère.

Ici, "l'accueil est inconditionnel", rappelle Saty Tall, directrice de ce site géré par Aurore, une des plus anciennes associations d'aide sociale.

A son équipe d'une vingtaine de travailleurs sociaux, agents hôteliers et veilleurs de nuit, elle aimerait ajouter "idéalement un animateur" pour donner des cours de français ou de théâtre "et aussi un éducateur de jeunes enfants".

Des vœux qui devront entrer dans un budget limité, composé essentiellement de subventions publiques. "On est là grâce à la solidarité nationale", souligne Sihem Habchi, l'ex-présidente de l'association féministe Ni putes ni soumises.

Elle supervise aujourd'hui une demi-douzaine de centres d'hébergement, dont celui de l'Hôtel-Dieu, autre hôpital parisien où des jeunes et leurs nouveaux-nés sont préservés de l'errance.

- 1.200 places -

A Fernand-Widal, la priorité est plutôt de finir les travaux jusqu'au sixième étage, pour y loger notamment "des femmes isolées et des familles monoparentales".

La convention d'occupation des lieux court sur sept ans. Une aubaine pour l'association, car "ce n'est pas simple d'ouvrir des espaces comme celui-ci en ville", reconnaît Mme Habchi.

L'opération bénéficie aussi au propriétaire des lieux, l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), qui se prémunit ainsi contre le risque de squat et de dégradation en attendant la fermeture complète de son hôpital, dont les activités doivent être transférées vers d'autres établissements.

D'autres établissements de l'AP-HP ont également été mis à contribution à Paris, Ivry (Val-de-Marne), Champcueil (Essonne) et Villiers-le-Bel (Val-d'Oise).

Au total, 1.200 places d'hébergement d'urgence devraient bientôt être disponibles, été comme hiver, dans les Hôpitaux de Paris, soit deux fois plus que l'an dernier.

L'institution dirigée par Martin Hirsch, ancien président d'Emmaüs France puis Haut commissaire aux solidarités, aura l'occasion d'en faire encore davantage, avec les restructurations immobilières engagées ou prévues à Paris, Bondy (Seine-Saint-Denis), Garches (Hauts-de-Seine) et Draveil (Essonne). 

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