A Nîmes, l'"appel au secours" d'habitants d'un des quartiers les plus pauvres de France

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Les résidents du quartier de Pissevin manifestent le 21 février 2020.
Les résidents du quartier de Pissevin manifestent le 21 février 2020.
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© AFP, Pascal GUYOT

, publié le vendredi 21 février 2020 à 19h17

Entre désarroi et colère, des habitants du quartier Pissevin à Nîmes, l'un des plus pauvres de France, ont lancé vendredi "un appel au secours" après une fusillade à l'arme de guerre ayant fait trois blessés il y une dizaine de jours.

Une centaine d'entre eux se sont réunis sur les lieux de la fusillade, au pied des tours et des barres d'immeubles décrépies, sous les regards lourds de "guetteurs" et de dealers, capuches sur la tête, a constaté une journaliste de l'AFP.

Les tirs de kalachnikov du 10 février ont fait trois blessés, dont un grave. Ils avaient été précédés quinze jours plus tôt d'un épisode similaire qui, lui, n'avait pas fait de victime, mais avait accru l'inquiétude des habitants.

"On appelle au secours et en tant que citoyens, nous attendons des gestes forts de l'Etat, de la République", a lancé Ali Karrim, quinquagénaire représentant du conseil de quartier devant le maire sortant, qui brigue sa réélection Jean-Paul Fournier (LR), et des candidats aux municipales venus en nombre en cette période électorale.

M. Karrim a réclamé l'ouverture "immédiate" d'un commissariat dans un quartier laissé selon lui à l"abandon" et qui souffre d'une "dégradation des conditions de vie et d'un accroissement de la violence" sur fond de trafic de drogue.

A Pissevin, construit en périphérie de Nîmes, 70% des 13.000 habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Le taux de chômage atteint 46%.

Après une déambulation à travers la galerie marchande Wagner, lugubre épicentre d'un trafic de drogue quasi permanent, M. Karrim a repris le micro pour pousser un "cri d'alerte". 

"Je ne veux pas avoir à organiser une marche blanche parce qu'il y aura eu un mort", a-t-il ajouté en fondant en larmes. 

Le 11 février, le préfet du Gard Didier Lauga s'était rendu sur place pour montrer que ce quartier classé "de reconquête républicaine" n'était "pas abandonné de la République".

- "On vit dans la peur" -

M. Fournier avait dans la foulée dénoncé une "guerre de bandes rivales liée à des trafic d'armes et de stupéfiants". Il avait rappelé que ce niveau de criminalité relevait du pouvoir régalien dans une lettre adressée au président Emmanuel Macron. 

Mais les habitants accordent peu de foi aux déclarations des autorités. 

"On en a marre des promesses. Les élus, les politiques ne viennent qu'en période électorale. Mais nous, on veut du concret, sinon la prochaine fois, un enfant prendra une balle perdue", s'emporte Malika, une sexagénaire qui vit depuis plus de 40 ans à Pissevin. Comme d'autres habitants, elle ne veut donner que son prénom "par peur" de représailles.

"Ce quartier, on l'aime, mais il est devenu invivable, on a peur pour nos femmes et nos enfants dès qu'ils doivent sortir. La sécurité n'existe pas ici, c'est la loi du plus fort", renchérit Mustafa, 62 ans. 

"Moi, le deal, je vois ça depuis que je suis tout gamin : ici c'est plus facile de glisser là-dedans que de trouver un boulot", soupire Mehdi, un natif du quartier âgé de 21 ans. "Mais si on en vient aux armes de guerre, c'est plus possible, on vit dans la peur", ajoute-t-il.

La ZUP (zone à urbaniser en priorité) de Pissevin, créée par arrêté ministériel en 1961, visait à accueillir dans l'urgence des populations issues de l'exode rural, des rapatriés d'Afrique du Nord puis des travailleurs immigrés. 

Sur des collines de garrigue, quelque 7.500 logements furent bâtis dans des immeubles de six à 20 étages ou longs d'un kilomètre. Aujourd'hui nombre de ces vastes copropriétés sont dégradées et concentrent des familles d'origine étrangère et de catégories socioprofessionnelles défavorisées. 

Pissevin est inclus dans un programme de rénovation urbaine financé à 50% par l'Etat. Mais pour de nombreux habitants comme Michèle, 67 ans, "la rénovation sans mixité sociale et sans sécurité ne sert à rien et nous fait vivre dans un état de chantier permanent, qui accentue le mal-être".

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