A Montpellier, derrière l'eldorado, une réalité sociale plus dure

A Montpellier, derrière l'eldorado, une réalité sociale plus dure

Montpellier attire chaque année un nombre record de nouveaux habitants mais sa réputation d'eldorado cache des réalités sociales plus dures.

AFP, publié le vendredi 30 mars 2018 à 15h55

Montpellier attire chaque année un nombre record de nouveaux habitants. Mais sa réputation d'eldorado cache des réalités sociales plus dures, notamment en terme de logement, un secteur marqué par de fortes tensions et un retard structurel criant en matière d'habitat social et d'urgence.  

"Je suis venue pour le soleil, la mer, pour changer de vie, mais j'ai dégringolé car je n'imaginais pas les prix des logements, la difficulté à trouver un travail, la pauvreté qu'il y a ici", avoue Valérie, Néo-montpelliéraine depuis cinq ans.

"Faute d'autre solution", l'ex-secrétaire de direction de 41 ans, théoriquement éligible au logement social habite avec son fils un "trou à rat" de 30m2 dans le centre historique pour 660 euros par mois et enchaîne les "petits boulots précaires" d'aide aux personnes âgées. 

Chaque année, des dizaines de milliers de jeunes venant étudier à Montpellier rencontrent les mêmes difficultés à se loger.

- "Un mal fou" -

Le maire DVG et président de la métropole Philippe Saurel se félicite régulièrement de "l'attractivité" de la ville, devenue la 7e de France en dépassant Strasbourg. 80% de la croissance démographique est liée à l'arrivée de nouvelles populations, mais ces données accroissent le casse-tête du logement: entre 2010 et 2015, l'aire urbaine de Montpellier, qui compte environ 600.000 habitants, a gagné 10.000 habitants par an. 

"Nous connaissons au sein de la Métropole de Montpellier, une croissance démographique importante" et "par conséquent nous faisons face à un marché de l'immobilier particulièrement tendu", a souligné vendredi M. Saurel, insistant sur la "réflexion conjointe" menée avec les acteurs du secteur pour "pourvoir l'ensemble de la population de logements accessibles". Il s'est par ailleurs félicité que la métropole entre dans le dispositif gouvernemental "Logement d'abord", présenté justement à Montpellier vendredi --à la veille de la fin de la trêve hivernale des expulsions--, et visant à privilégier des logements pérennes pour des sans-abri.

"La volonté politique d'améliorer la situation du logement à Montpellier existe", reconnaît Sylvie Chamvoux, directrice de l'Agence Occitanie de la Fondation Abbé Pierre (Fap). Cependant, ajoute-t-elle, la ville "a un mal fou à rattraper un retard structurel au niveau du logement social et très social mais part aussi de très loin dans la lutte contre l'habitat indigne et la résorption des squats et des bidonvilles".

Car le dynamisme démographique montpelliérain se conjugue avec des indices de fragilité socio-économiques multiples, dont un taux de chômage supérieur à 13% et un taux de pauvreté de 19%, près de 5 points au-dessus de la moyenne nationale (14,3%). 

Selon les estimations officielles, quelque 3.600 personnes vivent à la rue ou en hébergement instable dans la ville. Or en 2017, le territoire métropolitain comptait seulement quelque 400 places d'hébergement d'insertion, 312 places d'hébergement d'urgence et près de 400 places en intermédiation locative.

"On a le sentiment que la situation pour les SDF s'alourdit de jour en jour", assure l'ex-préfet Daniel Constantin, président de l'association Gammes à Montpellier: "Nous sommes conventionnés pour 18.000 passages de sans-abri par an, on en est à 75.000 en 2017".

- "Très dure pour les plus pauvres" -

"Vivre à la rue tue", a encore rappelé jeudi Médecins du Monde en déployant symboliquement des tentes sur la place de la Comédie. Dans ce contexte, des activistes de squats emblématiques comme Luttopia, occupant depuis des mois un immeuble public de 4.000 m2 vide depuis des années au coeur du quartier des Beaux-Arts, insistent sur la "légitimité" à "réquisitionner" des toits pour les plus pauvres.

Côté logement social, les difficultés sont similaires: selon les chiffres de la Fap, seul un logement social est attribué pour six demandes et 20% des quelque 24.000 demandeurs actuels sont en attente depuis plus de trois ans, contre 10% en 2014.

Quelque 5.700 logements ont été mis en chantier en moyenne par an depuis 2013, dont 1.900 logements sociaux. Mais même avec un taux d'équipement de logements sociaux de 18% sur la métropole, Montpellier ne parvient pas à répondre à une demande qui a explosé de 58% depuis 2007. 

Dans le secteur privé, la situation n'est pas plus réjouissante. "A Montpellier, le loyer est à 12 euros du mètre carré en moyenne", souligne Sylvie Chamvoux. "Mais il atteint 20 ou 22 euros/m2 dans certains quartiers alors qu'un logement très social se situe autour de 6 euros le m2 (...). Pour des gens qui vivent des minima sociaux ou de salaires modestes, il est impossible de trouver un toit dans ces conditions". 

Du reste, en 10 ans, les expulsions locatives ont doublé, souligne Rachel Lambert, qui coordonne la plate-forme d'accompagnement aux droits liés à l'habitat (ADLH).

"Aujourd'hui nous proposons aux gens d'aller habiter ailleurs qu'à Montpellier", conclut Touria Moqadem, travailleuse sociale à la Maison du Logement de l'association Adages, qui mène des ateliers de recherche de logement avec des personnes à revenus très bas.

"Ils sont souvent très déçus quand nous les orientons vers Béziers ou Lunel, où ils peuvent avoir une pièce en plus pour le même prix. Mais c'est notre travail de leur montrer la réalité des loyers à Montpellier, qui est une ville très dure pour les plus pauvres".

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