A la prison de Poissy, on prévient le "choc" de la sortie après une longue peine

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Un détenu à Poissy, le 14 août 2019
Un détenu à Poissy, le 14 août 2019
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© AFP, Dominique FAGET
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AFP, publié le samedi 24 août 2019 à 09h51

"Certains n'ont pas connu l'euro, les smartphones n'en parlons pas": à la maison centrale de Poissy (Yvelines), les sorties après de longues peines de prison sont préparées avec une extrême "vigilance", afin d'éviter le "choc" du retour à la vie civile. 

A 40 ans, dont quatorze passés en prison, Paul* attend la réponse à sa demande de libération conditionnelle. "A la fin, c'est un peu la même impression que quand on attend le jugement et de savoir où on va", trépigne-t-il dans sa cellule individuelle. 

"Depuis le début de ma peine, j'ai pris en main ma réinsertion. J'ai trouvé un logement, j'ai un travail qui attend, j'ai juste envie de retrouver une vie simple", confie-t-il en rangeant dans sa cellule individuelle ses achats de "cantine". 

D'anciens détenus lui ont parlé des "automatismes" qu'on garde à l'extérieur, comme "attendre devant une porte". Les smartphones, il ne connaît pas mais il craint peu la fracture numérique: "je travaille sur un ordinateur toute la journée, j'ai appris à créer des applications sur tablette et j'achète des magazines sur les nouvelles technologies". 

Derrière les hauts murs de la prison bicentenaire, située au cœur de la ville, 35 des 198 détenus purgent une peine de réclusion criminelle à perpétuité. Environ un tiers des prisonniers ont plus de 50 ans, les plus âgés ont 75 ans. Beaucoup ont toujours compté en francs, qu'on n'utilise plus depuis 17 ans. 

"En maison d'arrêt, on fait très attention à l'arrivée et au choc carcéral. Nous, c'est l'inverse, on est hyper vigilant au moment où on approche de la fin de peine ou de l'aménagement, surtout après 15, 20, 30 années de prison", souligne Isabelle Lorentz, la directrice adjointe de la prison. 

"Les longues peines, ce sont des phases vertueuses et des moments de dépression. (...) Nous, on prend le temps, on accompagne, on balise. On fait sans cesse de la dentelle et c'est ce travail individuel qui permet d'éviter la récidive", affirme Mme Lorentz, qui salue chacun des détenus par son nom.

Dans le paysage des centrales, Poissy a la réputation d'être "pépère" et n'a pas de "gros profils" comme à Condé-sur-Sarthe (Orne) ou Clairvaux (Aube).

Elle fonctionne comme les autres en régime "portes fermées", avec ouverture des cellules à 7H, réintégration pour le déjeuner et extinction des feux à 19H. La journée, les détenus peuvent "aller d'un point A à un point B sans être accompagnés d'un surveillant", indique Mme Lorentz. 

- "De la dentelle" -

"Ils gèrent leur emploi du temps", déclare Pauline Charles, cheffe d'antenne du Service pénitentiaire d'insertion et de probation (SPIP). 75% des détenus ont une activité rémunérée et près de la moitié sont inscrits au centre scolaire. Des ateliers de loisirs créatifs permettent aux détenus de "travailler la patience, le rapport aux autres" et les "réhabituer au monde extérieur", ajoute-t-elle. 

Avec leurs conseillers pénitentiaires d'insertion et de probation (CPIP), "ils travaillent sur le passage à l'acte, la reconnaissance des faits, la place de la victime", rebondit Mme Lorentz. 

Si "c'est le bon moment", une demande d'aménagement de peine se préparera "au moins cinq ans avant la sortie", indique la directrice adjointe. "On évite de présenter des projets qui ne tiennent pas la route", glisse-t-elle. 

Elle se souvient d'un détenu persuadé de trouver un logement en une journée. Ou d'un autre sorti après 23 ans de détention, avec un guide pratique pour utiliser son tout nouveau smartphone. 

Le "plus épuisant" pour Paul* a été de préparer cette sortie, envoyer CV et lettre de motivation à ses proches pour qu'ils postulent à sa place, n'ayant pas accès à Internet. 

Lors du premier "module de préparation à la sortie", testé par l'établissement depuis avril, "on a rappelé aux détenus l'importance de deux choses en sortant: acheter un téléphone portable et créer une adresse internet. (...) Ça les inquiétait beaucoup", relate Lisa Neuman, l'une des CPIP.  

* Le prénom a été modifié 

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