A Deauville, les pharmacies se muent "en testodromes"

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Des personnes attendent devant une pharmacie à Deauville le 4 août 2021 pour un test Covid-19
Des personnes attendent devant une pharmacie à Deauville le 4 août 2021 pour un test Covid-19
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© AFP, Sameer Al-DOUMY

publié le jeudi 05 août 2021 à 09h25

Avec parfois plusieurs centaines de tests antigéniques par jour, les pharmacies de Deauville (Calvados) se muent "en testodrome" Covid-19 pour permettre à chacun d'aller au casino, à l'hippodrome ou au restaurant, dans cette station balnéaire normande qui teste l'extension du pass sanitaire.

"Nous ne sommes plus une pharmacie. Nous sommes un testodrome. Nous passons la majorité de notre temps à faire des tests antigéniques pour que les gens puissent profiter des infrastructures de Deauville. Nous avons dû embaucher" une personne, explique à l'AFP, entre deux clients, Olivier Klein, responsable de la Pharmacie anglaise.

L'officine située dans le centre de Deauville affiche jusqu'à 200 tests par jour, contre une vingtaine en juin.

En face, la Pharmacie de l'horloge, qui propose des tests "de 9h00 à minuit", réalise "300 tests minimum par jour", selon Alison Enard, préparatrice. "C'est 80% de notre travail, voire 90%. On a embauché trois personnes. On est six à la base. On a installé un barnum dehors pour les tests pour désencombrer la pharmacie. Sinon c'était blindé de monde. C'était compliqué pour les distanciations sociales", explique la jeune femme.

Les pharmaciens sont "fatigués" par cette envolée qui a démarré avec la réouverture des boîtes de nuit, confie M. Klein. Mais "nous sommes très satisfaits. Beaucoup se plaignent de la saison compte tenu du climat. Mais nous, pharmaciens, nous tirons notre épingle du jeu grâce à ces tests. L'activité s'en ressent, la marge aussi", précise-t-il.

Les pharmaciens de Deauville-Trouville interrogés ont en revanche suspendu les vaccinations. Avec les tests, "c'était trop lourd", explique M. Klein.

- Testés tous les deux jours -

"J'ai l'habitude. Je fais ça depuis septembre dans différentes pharmacies. Mais faut tenir le coup quand même", confie de son côté Charles Brunet, étudiant chargé des tests à la Pharmacie anglaise. "Il y a tout le côté administratif. Et puis je suis content qu'il ne fasse pas trop chaud", explique le jeune homme équipé d'un masque, d'une visière et d'une combinaison bleue à capuche.

"Les gens viennent tous les deux jours" renouveler leur pass, constate-t-il. C'est le cas de Philippe Gespach, un retraité deauvillais arrivé avant l'ouverture de la Pharmacie de l'horloge. "Je suis obligé depuis que Macron nous a imposé ce rythme stupide, pour avoir le droit de faire un tournoi de tennis", s'agace cet homme qui ne souhaite pas être vacciné. 

Christine, une quinquagénaire parisienne, en vacances pour trois semaines à Deauville, se sent elle aussi "brimée". Elle se teste plusieurs fois par semaine "pour avoir accès aux loisirs, à la piscine, au restaurant. Sinon on ne peut rien faire", explique cette touriste qui a reçu une première injection vaccinale.

Le 25 juillet la préfecture a annoncé "une expérimentation volontaire" dès le lendemain du pass sanitaire dans les bars et les restaurants de Deauville et des alentours, face à une percée du Covid dans ce secteur.

Selon des pharmaciens deauvillais, seuls 10 à 20% des clients viennent parce qu'ils ont des symptômes ou sont cas contacts. Le reste a besoin d'un pass pour des loisirs, nombreux dans la station balnéaire, via notamment les activités hippiques.

Les touristes étrangers, en quête d'un pass pour rentrer chez eux ou d'un QR code valide pour la France, font aussi régulièrement partie des clients.

Cette inflation des tests s'étend à d'autres villes normandes.

A Caen, à 15 km de la mer, la pharmacie Danjou réalise une centaine de tests par jour, après avoir embauché un CDD, soit quatre fois plus qu'en juin. "Les débuts de soirée sont juste horribles", confie sa concurrente de la Grande pharmacie Charlotte Verger. "Les gens ne comprennent pas qu'il puisse y avoir des délais d'attente. On leur impacte leur liberté. On est en bout de ligne. C'est nous qui prenons", explique la responsable de cette officine dont l'effectif est resté constant.

Reste à savoir quel sera l'impact d'un déremboursement de ces tests à 25 euros dont il est question selon les pharmaciens à partir d'octobre.

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