A Condé-sur-Sarthe, des surveillants en colère au lendemain de la prise d'otages

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Badge d'un gardien de la prison de Condé-sur-Sarthe, le 12 juin 2019
Badge d'un gardien de la prison de Condé-sur-Sarthe, le 12 juin 2019
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© AFP, GUILLAUME SOUVANT

AFP, publié le mercredi 12 juin 2019 à 19h42

Des surveillants de la prison de Condé-sur-Sarthe (Orne), se retrouveront jeudi matin pour décider des suites de leur action, au surlendemain d'une nouvelle prise d'otages de deux d'entre eux par un détenu, dans ce centre pénitentiaire ultra-sécurisé.

Les surveillants, qui avaient refusé de prendre leur service mercredi pour demander des "réponses concrètes" en termes de sécurité, au lendemain de cette prise d'otages, sont rentrés chez eux mercredi soir et décideront jeudi matin des suites -ou pas- à donner à leur mouvement, a déclaré à un correspondant de l'AFP Frédéric Eko, membre du Snepap-FSU.

"Nous demandons plus d'écoute, car nous savions que ce détenu allait passer à l'acte, il avait changé de comportement et nous avions fait remonter l'information", avait déclaré plus tôt mercredi M. Eko. 

Le détenu aurait très mal réagi en apprenant mardi matin le placement de son enfant à l'aide sociale à l'enfance (ASE), a-t-on appris de source pénitentiaire. 

L'avocat du détenu, Me Thomas Hellenbrand, a estimé que cette prise d'otage était "un appel au secours face à une situation de désespoir". "On le présente comme le champion de France de la prise d'otage, mais à chaque fois, c'est a minima, sans une goutte de sang, avec une arme artisanale", a-t-il dit à l'AFP, rappelant que son client, né en 1984, est en prison depuis ses 16 ans.

"En tant que détenu de longue peine, les seuls droits qui lui restent, c'est de demander un rapprochement familial et d'obtenir des parloirs avec sa femme et son fils (...) Il n'y a aucun désir de violence chez lui", a poursuivi Me Hellenbrand, ajoutant: "quand on condamne des gens à des peines longues, il n'y a plus de perspective".  

Contactée par l'AFP, l'administration pénitentiaire a indiqué que la situation "ne semblait pas évoluer vers un blocage de l'établissement, comme en mars après l'agression au couteau de deux surveillants par un détenu radicalisé, un événement qui avait provoqué un vaste mouvement social dans les prisons françaises.

Le directeur de l'établissement Jean-Paul Chapu est venu à la rencontre des surveillants, les encourageant à discuter entre eux "pour verbaliser" ce qui s'est passé, tout en leur rappelant l'obligation "d'aller travailler". 

    - une vingtaine de prisons -

"On nous demande de faire remonter toutes les informations auprès de la direction mais cela n'est pas suivi de mesures. Quand un détenu est susceptible de passer à l'acte, nous voulons qu'il soit isolé des autres", insiste Frédéric Eko, qui demande des "réponses concrètes de la direction" et déplore que le matériel qui devait être livré ne l'ait été "qu'en partie" ou alors sans formation. 

La prise d'otages s'est déroulée mardi soir pendant cinq heures, nécessitant l'intervention des équipes du RAID et des ERIS (équipes régionales d'intervention et de sécurité) dans ce centre de détention qui abrite des détenus particulièrement dangereux, radicalisés ou posant des problèmes de discipline. 

Le détenu, Francis Dorffer, "armé visiblement d'une arme artisanale, un pic", selon une source syndicale pénitentiaire, a retenu dans sa cellule un surveillant et une stagiaire. Libérés en deux temps, avant et après minuit, les personnels pénitentiaires sont sains et saufs. Le détenu s'est rendu vers 0H30. 

Né en 1984 en Moselle, Francis Dorffer a eu une enfance chaotique et a grandi en foyer. Il a été incarcéré dans une vingtaine de prisons différentes après des condamnations pour vols, viol et assassinat d'un codétenu. Son nom est associé au moins à cinq autres prises d'otages, la plupart du temps pour réclamer un rapprochement familial. Classé "DPS" (détenu particulièrement signalé), selon le ministère de la Justice, et connu pour des troubles psychiatriques, il "n'est pas incarcéré pour des faits de terrorisme", selon l'administration pénitentiaire.

En 2006, il avait retenu une psychiatre à la prison de Nancy, en 2009 un surveillant à Clairvaux (Aube), en 2010 un psychiatre à la Santé (Paris) et en 2011 un gardien à Poissy (Yvelines).

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