A bord de l'Aquarius, des migrants "épuisés", jeunes et "marqués" par l'exil

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L'Aquarius armé par les ONG SOS-Mediterranée et MSF arrive dans le port de Marseille pour une opération de mantenance, le 29 juin 2018.
L'Aquarius armé par les ONG SOS-Mediterranée et MSF arrive dans le port de Marseille pour une opération de mantenance, le 29 juin 2018.
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© AFP, Boris HORVAT

AFP, publié le mardi 14 août 2018 à 17h39

"On a stocké de la nourriture dans tous les recoins du bateau" : l'Aquarius, qui cherche un port d'accueil en Méditerranée, est contraint à l'attente avec 141 migrants "épuisés", jeunes et "marqués" par l'exil, raconte à l'AFP .

"Nous sommes en position de stand-by depuis 8H00 du matin hier (lundi, NDLR), à exacte distance entre Malte et l'Italie", affirme Aloys Vimard, joint mardi par téléphone.

Le navire affrété par SOS Méditerranée et Médecins sans frontières a secouru au large de la Libye 141 migrants, avec "73 mineurs dont 67 non accompagnés", ce qui est "énorme", ajoute-t-il. "Sur le bateau, une personne sur quatre a entre 13 et 15 ans, est non accompagnée, et vient d'Erythrée ou de Somalie".

Parmi ces enfants "deux ont moins de 5 ans et trois moins de 13 ans". Si les autres sont plus âgés, "ce sont des jeunes, ils restent fragiles, avec des sensibilités d'enfants", poursuit-il. Lundi, "on a organisé un basket, en gonflant un gant en plastique, ça a très bien pris".

"Mais ils sont passés par des épreuves telles qu'ils ont une maturité impressionnante et une résilience incroyable", décrit-il, en donnant l'exemple de ce jeune de 13 ans "dont les parents ont été tués devant lui en Somalie" et qui a été "torturé pendant des mois avec des chocs électriques en Libye". "Il a finalement été libéré parce qu'il avait demandé à ses gardiens de le tuer pour en finir" raconte M. Vimard.

Alors que le navire est "immobile en mer depuis plus de 24 heures", les membres d'équipage s'emploient à rassurer les rescapés : "On leur dit qu'on fait tout notre possible pour trouver un lieu, qu'on n'est pas décisionnaires, qu'on ne les lâchera pas", dit M. Vimard.

"Ils comprennent, certains sont un peu agacés par moments, ils s'inquiètent et surtout voudraient informer leur famille, qui pour certaines savent qu'ils ont pris la mer", détaille-t-il.

La situation à bord est "stable", sans "cas médicaux urgents", mais "les gens sont épuisés, marqués par leur voyage et leur séjour en Libye", ajoute le coordinateur.

- Dégradation "depuis juin" -

Malte et l'Italie ont dans un premier temps refusé d'accueillir le navire.

"C'est un scénario auquel on se préparait malheureusement, assure M. Vimard. 

De ce fait, "on a amélioré un peu les installations à bord. Avant, comme les gens restaient deux jours en général, il n'y avait pas de douche, là on a mis en place une douche systématique pour chaque personne, on nettoie le pont régulièrement, on a mis en place un système de lessive... Plein de petites choses qu'on a réajustées pour éviter le risque au niveau sanitaire de transmission de maladie", indique M. Vimard. 

Par ailleurs, "on a stocké de la nourriture dans tous les recoins du bateau, même si l'espace est limité", indique le coordinateur, qui dit avoir "de quoi tenir en cas de période prolongée".

"La question est plutôt combien de temps les politiques vont mépriser des vies humaines", tacle-t-il.

"Aujourd'hui les politiques découragent les commandants de bateaux de secourir des personnes en détresse, ce qui est leur devoir de marin. C'est terrible, c'est la nature même du sauvetage en mer qui est en jeu", affirme-t-il. Il assure que cinq navires n'avaient pas porté secours à l'une des embarcations de rescapés avant l'arrivée de l'Aquarius.

Pourtant ces navires "ont détourné leur route, ils se sont moqués d'eux, ont pris des vidéos de ce bateau clairement en détresse, en bois, instable, surchargé..."

Pour M. Vimard, la situation "s'est dégradée depuis juin, depuis que l'Aquarius a été bloqué en mer" avec un errance d'une semaine avant que l'Espagne n'ouvre le port de Valence.

Mais "si on met plus de barrières, les gens vont prendre plus de risques", relève-t-il, en appelant l'UE à "trouver un système décent pour éviter de gérer les sauvetages au cas par cas".

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