A Aubagne, des "gilets jaunes" dénoncent des "mesurettes" et le "mépris" du président

A Aubagne, des "gilets jaunes" dénoncent des "mesurettes" et le "mépris" du président
Emmanuel Macron sur un écran de télévision retransmettant sa conférence de presse, le 25 avril 2019 depuis l'Elysée

AFP, publié le vendredi 26 avril 2019 à 10h58

"Des mesurettes à la con", "du pipeau", une attitude de "mépris": à Aubagne (Bouches-du-Rhône) une dizaine de "gilets jaunes" n'a pas manqué une miette du discours d'Emmanuel Macron et son verdict est sans appel. Le président n'a pas répondu "aux attentes du peuple", s'énervent-ils.

Rassemblés dans une salle de sport désaffectée, Thierry, Etiennette, Ahmed ou encore Jean-Pierre en ont gros sur le coeur. Crayon à la main et feuille blanche devant eux, pendant plus d'une heure, ils ont écouté dans le silence le discours d'Emmanuel Macron en prenant des notes. Mais l'exercice du président à peine fini, le petit groupe de "gilets jaunes", qui était arrivé "sans illusion", est amer.

"Il nous prend pour des cons, c'est du pipeau", fulmine Jean-Luc, commerçant qui dit en avoir "marre de voir les personnes âgées faire les poubelles" et "que des nantis lui fassent la leçon".

"On nous parle de puissance mondiale et on se demande si on va pouvoir mettre un morceau de +barbaque+ dans les assiettes de nos minots!", s'emporte le quinquagénaire dont la boutique de jouets, dans le centre de Marseille, a du "mal à résister face à la concurrence des grandes enseignes".

"Commençons par nous avant de tendre la main aux autres", poursuit ce célibataire rejoint dans ses propos par Jean-Pierre: "Il n'entend pas ce que le peuple demande: avoir le frigo plein". "Avant de donner aux étrangers, la priorité est aux Français. Le gasoil est remonté encore plus cher qu'avant le mouvement, il se fout de notre gueule", fulmine cet homme âgé d'une soixantaine d'années.

- "Il nous a dit la messe" -

Au-delà des annonces, c'est l'attitude du président qui cristallise les critiques. Pour Ahmed, Emmanuel Macron "n'a fait que dire +je+" et a "parlé aux journalistes, à son gouvernement, mais pas aux Français". "Il ne les a pas regardés dans les yeux", déplore cet éducateur spécialisé. "Il nous traite d'obscurantistes, de casseurs, mais c'est de son peuple dont il parle", ajoute Ahmed. 

"Lui est de passage, il est là que pour cinq ans, mais nous on reste, il faut qu'il nous écoute", poursuit le père de famille qui assure qu'avec l'augmentation des prix des produits de première nécessité et de l'électricité, "notre pouvoir d'achat a diminué" depuis le début du mouvement des "gilets jaunes".

Thierry Fakataulavelva, "gilet jaune" dès les premiers jours a écouté par intermittence le président parler. "Il nous a dit la messe pendant plus d'une heure. Ca ne me touche pas car cela fait 40 ans que ça dure et je ne crois plus aux politiques", commente cet électromécanicien de 54 ans.

"C'est tout le système qu'il faut changer et replacer l'humain au centre", ajoute le "gilet jaune" qui se dit "favorable" à un Frexit. Il espère voir des "gilets jaunes" gagner les prochaines élections municipales puis l'emporter à l'Assemblée nationale et au Sénat. "Pourquoi pas un jour un gilet jaune président ?", lance-t-il avec le sourire, devant un  mur sur lequel est accrochée une affiche du film du député LFI François Ruffin consacré au mouvement.

En attendant, le petit groupe qui a bien l'intention de poursuivre les manifestations hebdomadaires, a enchaîné avec une réunion prévue depuis plusieurs jours pour organiser la suite du mouvement. "Visiblement, Emmanuel Macron a besoin qu'on reste encore longtemps", conclut Ahmed, cinq mois après le début de la mobilisation.

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