8 mars : une grève féministe pour la journée internationale pour les droits des femmes

8 mars : une grève féministe pour la journée internationale pour les droits des femmes
Manifestation contre les violences faites aux femmes, le 23 novembre 2019, à Paris.

, publié le dimanche 08 mars 2020 à 07h00

Convaincus que "quand les femmes s'arrêtent, tout s'arrête", des associations et militantes appellent à une "convergence des dynamiques féministes", dimanche 8 mars, pour dénoncer la réforme des retraites  et ses effets supposés négatifs pour les femmes, la répartition inéquitable du travail domestique ou encore les violences sexuelles.

Officialisée par les Nations Unies en 1977, le 8 mars est une journée d'action, de sensibilisation et de mobilisation dédiée à la lutte pour les droits des femmes, l'égalité et la justice. Plusieurs initiatives ont lieu chaque année à travers le monde pour sensibiliser l'opinion sur ce sujet.

L'édition 2020 a pour thème "Je suis de la Génération Égalité : levez-vous pour les droits des femmes".



Cette année, en France, plusieurs militantes et associations, parmi lesquelles les Chiennes de Garde, Osez le féminisme et le Collectif national pour les droits des femmes, appellent à une "convergence des dynamiques féministes". Des dizaines de milliers de manifestantes et manifestants sont ainsi attendus dimanche à Paris et dans au moins une dizaine d'autres villes en France, pour une "Marche des grandes gagnantes", nommée ainsi de manière ironique car les organisateurs ne croient pas aux promesses du gouvernement qui argue que sa réforme des retraites sera favorable aux femmes.

"Le Premier ministre a vraiment du culot de prétendre cela. C'est une instrumentalisation du combat des femmes, qui seront en réalité les grandes perdantes de ce projet", affirme à l'AFP Sophie Binet, chargée de l'égalité hommes/femmes à la CGT.

"Quand les femmes s'arrêtent, tout s'arrête"

Dimanche, les participantes aux défilés sont invitées à se vêtir d'un bleu de travail et d'un fichu rouge, les attributs de la désormais emblématique "Rosie la riveteuse", "icône de toutes les travailleuses invisibles". Depuis plusieurs mois, les opposantes à la réforme des retraites ont pris l'habitude de se grimer de la sorte lors de chorégraphies où elles chantent "À cause de Macron, grandes perdantes nous serons..." À 15h40 - heure théorique où les femmes cessent d'être rémunérées, compte tenu des écarts de salaires entre les sexes - les manifestantes procéderont à un "jeter de gants de ménage", manière de protester à la fois contre les inégalités en matière de salaire et de répartition du travail domestique.

Convaincus que "quand les femmes s'arrêtent, tout s'arrête", les organisateurs appellent en outre à une "grève féministe" ce 8 mars, sous le mot d'ordre "On arrête toutes". Cette grève tombe un dimanche mais "le dimanche, toutes les femmes travaillent : elles cuisinent, font le ménage, s'occupent des enfants", observe Suzy Rojtman, du Collectif national pour les droits des femmes.

Le défilé parisien, qui partira à 14H00 de la place d'Italie (après un pique-nique féministe), rejoindra la place de la République, via plusieurs étapes symboliques : manifestation devant un centre commercial pour dire "stop au travail le dimanche", souvent imposé aux femmes, devant un hôpital pour la "revalorisation des métiers féminisés", ou devant un hôtel Ibis pour soutenir des femmes de ménage en lutte contre la précarité et les temps partiels. Sont également prévus un "die in" pour symboliser les victimes de féminicides, et une chorégraphie géante anti-réforme des retraites. 

"On va évoquer des sujets très durs mais il y aura aussi des moments joyeux et fédérateurs, pour lutter tous ensemble contre le système patriarcal", explique Youlie Yamamoto, du groupe Action Attac! et organisatrice de l'action "À cause de Macron".

"Immense colère" après le César de Polanski

Trois mois après des manifestations ayant rassemblé 150.000 personnes partout en France à la fin du "Grenelle" contre les violences sexistes et sexuelles, les organisateurs comptent toujours mobiliser sur ce thème, pour "briser le silence et dénoncer les violences". 

Depuis novembre, le mouvement de libération de la parole a gagné le monde du sport, marqué par une vague de révélations sans précédent sur des cas de violences sexuelles perpétrées notamment par des entraîneurs sur de jeunes sportifs. 

Et "l'immense colère" suscitée par le récent César attribué à Roman Polanski, visé par des accusations de viol, devrait attirer encore davantage de monde dans les rues, selon les organisateurs. Sous le mot-dièse #JeSuisVictime, cette polémique a d'ailleurs entraîné depuis quelques jours une nouvelle vague de témoignages sur les réseaux sociaux, dans lesquels les femmes racontent les abus qu'elles ont subis - parfois quand elles étaient mineures.

Selon une enquête dévoilée cette semaine par le collectif #NousToutes, les deux tiers des femmes "déclarent avoir fait l'expérience, avec un ou plusieurs partenaires, d'actes sexuels non consentis".

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