25 ans après le crime raciste d'un Franco-Comorien, Marseille se souvient

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Marche en hommage à Ibrahim Ali, 25 ans après sa mort à Marseille le 21 février 2020
Marche en hommage à Ibrahim Ali, 25 ans après sa mort à Marseille le 21 février 2020
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© AFP, CLEMENT MAHOUDEAU

, publié le vendredi 21 février 2020 à 17h29

25 ans après la mort d'Ibrahim Ali, un Franco-Comorien de 17 ans tué à Marseille par un colleur d'affiches du Front national, ses proches se sont réunis vendredi, regrettant que la municipalité ait toujours refusé de dédier une rue à sa mémoire.

"Est-ce que c'est parce qu'il était noir ? Je ne sais pas", s'interroge Fati Maoulida, une cousine du jeune homme, entourée d'environ 300 personnes, à ce carrefour du quartier des Aygalades, dans le nord de la ville, où Ibrahim a perdu la vie le 21 février 1995.

Alain Lhote, avocat des parties civiles lors du procès d'assises des trois colleurs d'affiche frontistes, a dénoncé lui aussi l'absence de geste de Jean-Claude Gaudin, maire depuis 25 ans, élu pour la première fois quatre mois après la mort d'Ibrahim. Au passage il fait remarquer que Nicolas Bourgat, cet adolescent de 14 ans poignardé par un jeune à peine plus âgé que lui, en septembre 1996, près de la Canebière, "a, lui, eu droit à sa rue". 

"25 ans, c'est long, c'est trop", poursuit Fati Maoulida. "Mais cette année, j'ai envie d'y croire", insiste la jeune femme, en référence aux élections municipales à venir. Jean-Claude Gaudin ne brigue pas un cinquième mandat et elle espère que son successeur les écoutera enfin.

Autour d'elle, parmi la foule, les candidats aux prochaines municipales se bousculent: la sénatrice Samia Ghali, élue maire du secteur sous le label PS en 2014, Sébastien Barles, le candidat d'EELV, ou encore Michèle Rubirola, la chef de file du Printemps marseillais, une large union de gauche.

Les Marcheurs avaient eux délégué Saïd Ahamada, leur leader pour ce 8e secteur qui regroupe les 15e et 16e arrondissements. Quant à Martine Vassal, l'héritière de M. Gaudin, elle était représentée par la N.2 de sa liste LR dans le secteur, Jazia Kerbadou.

- Abattu dans le dos -

Seul absent vendredi à cette cérémonie: le Rassemblement national, le successeur du FN. Mais le parti de Marine Le Pen était bien présent dans les prises de parole des proches d'Ibrahim.

"J'ai un seul mot à dire, vous citoyens, vous élus de la République, barrez leur la route, barrez la route aux extrêmes". Pour Ali Ibrahima, ami d'enfance de la victime, l'adversaire est clairement désigné: "A 800 m d'ici, il y a une mairie tenue par les tueurs d'Ibrahim", a-t-il insisté, sous les applaudissements de la foule, en référence à la mairie du 7e secteur (les 13e et 14e arrondissements), fief du RN et du sénateur Stéphane Ravier depuis 2014.

Lors de leur procès, devant les assises des Bouches-du-Rhône, en 1998, les trois colleurs d'affiche avaient tous été condamnés à de la prison: 15 ans pour le meurtrier, Robert Lagier, 10 ans pour Mario d'Ambrosio, dont les tirs n'avaient pas atteint Ibrahim Ali, et deux ans pour Pierre Giglio, qui portait lui aussi une arme mais n'avait pas tiré.

Ibrahim Ali avait été tué dans le dos après avoir été pris pour cible à une quarantaine de mètres de distance, alors qu'il courait pour attraper son bus, vers sa cité de la Savine. Avec quelques camarades, il sortait d'une répétition de rap.

Au procès, le délégué général du FN de l'époque, Bruno Mégret, avait invoqué "une légitime défense dans l'esprit". Une thèse qui avait été balayée par l'autre avocat des parties civiles, Me Gilbert Collard, devenu député apparenté FN en 2012, puis député européen en 2019, toujours parmi la liste du RN.

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