13-Novembre : quand Salah Abdeslam était interviewé par hasard quelques heures après les attentats

13-Novembre : quand Salah Abdeslam était interviewé par hasard quelques heures après les attentats
Salah Abdeslam est le seul survivant des commandos du 13-Novembre.

publié le lundi 06 septembre 2021 à 11h44

Après les attaques terroristes, Salah Abdeslam a fui vers la Belgique, en voiture. Pas encore identifié, l'unique survivant des commandos du 13-Novembre a été contrôlé à plusieurs reprises sans être appréhendé.

Il a même été interviewé par la RTBF, qui dévoile lundi 6 septembre l'enregistrement. 

Six ans après les attaques terroristes qui ont fait 131 morts, le procès des attentats du 13-Novembre s'ouvre mercredi 8 septembre à Paris. Vingt personnes sont renvoyées devant la cour d'assises spéciale de Paris, mais le principal accusé est Salah Abdeslam, seul survivant des commandos. 




Va-t-il parler ? Incarcéré en France en avril 2016, il est resté quasiment mutique depuis. Pourtant, quelques heures après les attentats, le jeune homme n'hésitait pas à répondre à une journaliste de la RTBF lors d'un micro-trottoir, ainsi que le dévoile lundi 6 septembre la radio belge. 


Contrôles sans encombres

Alors que la France entière a les yeux rivés sur Paris et la Seine-Saint-Denis après les attaques terroristes, Salah Abdeslam se dirige dans la nuit du 13 au 14 novembre 2015 en voiture vers la Belgique. Il a été récupéré par ses amis Mohamed Amri et Hamza Attou après avoir déposé les trois kamikazes au Stade de France et abandonné sa ceinture explosive.

De nombreux barrages routiers sont installés dans le sens France-Belgique et leur voiture est contrôlée à plusieurs reprises. Mais Salah Abdeslam n'a pas encore été identifié et n'est donc pas appréhendé. Au poste frontière de Hensies, ils sont même interrogés par une journaliste de la RTBF qui réalise un micro-trottoir pour recueillir les réactions des automobilistes impactés par ces barrages. "Celui-là, c'est le troisième. Troisième contrôle. Franchement, on a trouvé ça un peu abusif. Mais on a compris un petit peu le sens de... Le pourquoi. Après, on a su le pourquoi", se plaignent-ils, les voix se mélangeant, sans savoir laquelle appartient à Salah Abdeslam. 
 
La journaliste Charlotte Legrand se souvient de cet échange. "Je ne me souviens ni de la marque de la voiture ni de la couleur. Il y avait trois jeunes qui semblaient très fatigués, le visage chiffonné. Celui à l'arrière était emmitouflé dans une espèce de doudoune ou un duvet", explique-t-elle auprès de la RTBF. "Ils n'étaient pas spécialement sympathiques, mais ils ont répondu à mes questions le temps que leurs cartes d'identité soient contrôlées. Quand ils ont récupéré leurs papiers, ils ont coupé court à la conversation et ont remonté leur vitre. Ils m'ont un peu éjectée", poursuit-elle. 

À ce moment-là, elle ne sait pas qu'elle vient d'interviewer l'homme le plus recherché de France. Mais une fois les informations diffusées dans la presse, elle s'interroge. "Quand on a commencé à voir les images des caméras de surveillance de la station service où Salah Abdeslam est avec Amri et Attou, l'idée a commencé à faire son chemin. Quelques collègues m'ont chambrée : 'Tu n'aurais pas fait l'interview de Salah, par hasard ?'", se remémore-t-elle.

"Les vantardises" d'Abdeslam confirment l'interview

Elle en aura la confirmation en prenant connaissance des retranscriptions des écoutes de sa cellule de la prison de Bruges, après son arrestation le 18 mars 2016 à Molenbeek. Il parle avec ses voisins de cellule Mehdi Nemmouche, le terroriste du Musée juif de Belgique et Mohamed Bakkali, un des logisticiens des attentats du 13 novembre. Il commente un reportage de la BBC qui évoque son retour en voiture avec Amri et Attou, et assure avoir lui-même répondu à une interview : "J'ai parlé en me référant aux infos du journal. Elle (la journaliste) me dit : 'Vous trouvez ça normal qu'il y ait des barrages comme ça ?'. J'ai dit : 'Oui, c'est tout à fait normal'. 

Le doute est alors levé. "Sans les vantardises de Salah Abdeslam, j'en serais restée au stade du doute. Aujourd'hui, je veux rester objective et je refuse de me faire des films", affirme Charlotte Legrand. "Mais j'ai éprouvé un certain malaise. Je craignais qu'on m'accuse d'avoir manqué de discernement lors de cette interview. Je me suis sentie bizarrement un peu coupable. Et puis, je me remémore les faits. À ce moment-là, je n'avais tout simplement pas les éléments pour reconnaitre Abdeslam. Ni moi, ni la police", estime-t-elle. 
 

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