Une automobiliste verbalisée pour "beauté excessive" en Uruguay ? C'est un geste d'amour de son compagnon policier

Une automobiliste verbalisée pour "beauté excessive" en Uruguay ? C'est un geste d'amour de son compagnon policier

AFP, publié le jeudi 13 juin 2019 à 17h54

La photo d'une amende reçue par une automobiliste pour "conduite imprudente" à cause d'une "beauté excessive" a fait le tour du monde depuis début juin. Si l'amende existe bien, comme a pu le confirmer l'AFP, elle n'a aucune valeur : c'est un policier qui l'a adressée à sa compagne, et non à une automobiliste anonyme pour la "draguer", comme l'ont affirmé nombre de médias francophones.

L'histoire, avec la photo de l'amende, a été publiée le 30 mai dans le quotidien uruguayen El Telégrafo de Paysandú, et est devenue rapidement virale sur Facebook, en espagnol (1), en français (1) et portugais, sur Twitter (1, 2), mais aussi en hindi ou en anglais.

Elle a aussi fait l'objet d'articles dans des médias d'Uruguay, d'Argentine, de Colombie, de Mexique, d'Espagne ou de France, accumulant plus de 65.000 interactions sur Facebook, selon l'outil de mesure de l'audience Crowdtangle.

En français, les médias y ont vu soit une "tentative anodine de flirt" (Sputnik), soit une "façon très lourde de complimenter la victime" (Le Point), ou de la "draguer" (Oh My Mag). Pour ces médias, le policier a délibérément arrêté l'automobiliste qui circulait afin de lui infliger une amende visant à la draguer.

Que s'est-il réellement passé ?

Leonardo Rivero, Directeur de la Circulation à l'intendance de Paysandú (en Uruguay, l'intendance est une mairie aux compétences élargies), a expliqué à l'AFP que "l'inspecteur amoureux", comme il a été appelé sur les réseaux sociaux, a laissé l'amende sur le pare-brise de la voiture de sa compagne.

Celle-ci est aussi fonctionnaire municipale et avait stationné son véhicule face à son lieu de travail.

Le jour-même, la photo de l'amende a commencé à circuler parmi les fonctionnaires municipaux et elle est ainsi arrivée à la connaissance de la Direction de la Circulation, qui a alors remarqué qu'il manquait le bordereau correspondant à cette amende et a demandé un rapport à l'inspecteur. Celui-ci a reconnu avoir utilisé une de ces amendes afin de laisser un message à sa compagne.

M. Rivero a expliqué à l'AFP que le document a été rédigé de manière incorrecte : c'était "une amende financière pour conduite imprudente alors qu'on n'était pas dans ce type d'infractions". Il a ajouté qu'une amende pour "conduite imprudente" pouvait se référer à de nombreuses erreurs de conduite, mais évidemment pas à celle de "conduire avec une beauté excessive".

Face à cet usage inapproprié d'une amende, le conseil juridique de l'intendance a décidé de lancer des poursuites contre le fonctionnaire de police.

Dans sa déclaration, celui-ci a reconnu que la conductrice était sa compagne. Il a publié un message d'excuses auprès de ses amis sur Facebook, consulté par l'AFP : "Je demande publiquement pardon envers l'institution que je représente avec une grande fierté, je regrette la manière dont j'ai fait les choses, mais je ne regrette rien concernant la personne à qui le message était destiné."

Et le fonctionnaire de revendiquer un geste amoureux : "Dans cette époque où personne n'est capable d'exprimer de l'amour envers son prochain, la vérité est que j'ai tout sauf de la honte pour avoir exprimé un tel sentiment envers la femme que j'aime".

Sollicité par l'AFP, ce policier a préféré ne pas faire de déclarations tant que l'enquête est en cours. L'intendance étudie actuellement de possibles sanctions pour l'employé de police qui a utilisé ce document public à des fins détournées.

La sanction peut prendre plusieurs formes : suspensions de quelques jours, transfert ou destitution, qui selon M. Rivero "serait inappropriée" dans ce cas. En attendant, le fonctionnaire continue de travailler.

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