Plomb de Notre-Dame : quels dangers pour la santé ?

Plomb de Notre-Dame : quels dangers pour la santé ?
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AFP, publié le mercredi 07 août 2019 à 11h14

Quels sont les risques pour la santé liés au plomb ? A partir de quelle quantité dans l'environnement y a-t-il un danger ? Le point sur les questions sanitaires que pose la pollution à ce métal lourd provoquée par l'incendie de la cathédrale Notre-Dame en avril.

Quels sont les risques?

Pendant le sinistre qui a très gravement endommagé Notre-Dame le 15 avril, plusieurs centaines de tonnes de plomb contenues dans la charpente de la flèche et la toiture ont fondu et une partie s'est répandue sous forme de particules.

Or, le plomb est une substance toxique. "Il n'existe pas de concentration dans le sang qui soit sans danger", avertit l'Organisation mondiale de la santé (OMS). 

Ce métal entre dans l'organisme par inhalation ou par ingestion puis se diffuse pour atteindre le cerveau, le foie, les reins et les os. Une exposition aiguë ou chronique à des niveaux élevés entraîne des troubles digestifs, une perturbation des reins, des lésions du système nerveux ou des anomalies de la reproduction.

Les enfants, au système nerveux en plein développement, sont très vulnérables à cette intoxication, aussi appelée "saturnisme". Et leur tendance à porter des objets à la bouche les expose davantage.

Même des concentrations sanguines faibles "peuvent affecter l'intelligence de l'enfant et entraîner des problèmes comportementaux et des difficultés d'apprentissage", selon l'OMS.

En France, depuis 2015, on parle de cas de saturnisme au-dessus d'un taux dans le sang (plombémie) de 50 µg/l. 837 nouveaux cas ont été notifiés en 2016, selon Santé publique France. Un "seuil de vigilance" est établi à 25 µg/l.

Eloigner un individu d'une source d'exposition au plomb permet de faire baisser sa plombémie.

Marcher sur des poussières de plomb ne présente pas de danger, mais on peut en rapporter chez soi sous ses semelles, avec le risque que des enfants les ingèrent.

Le Haut conseil de la santé publique (HCSP) recommande un dépistage du saturnisme infantile en cas de dépassement du seuil de 70 µg/m2 dans les "poussières déposées dans les logements". Dans cette configuration-là, on peut selon lui s'attendre à retrouver une plombémie supérieure à 50 µg/l chez environ 5% des enfants.

Le HCSP préconise une attention particulière envers les sols des écoles et autres espaces collectifs pour enfants.

C'est sur ces préconisations que la mairie de Paris s'est appuyée pour rassurer les parents après les prélèvements réalisés dans une dizaine d'établissements du quartier mi-mai : aucun ne dépassait "en moyenne" 70 µg/m2.

Plusieurs associations et le site d'information Mediapart contestent cette prise en compte d'une moyenne. Mais l'ARS Ile-de-France souligne que même en cas de dépassement, "il ne s'agit pas d'un seuil réglementaire" qui obligerait à des évacuations.

Qu'ont donné les tests sur les enfants ?

Pour l'heure, on connaît les résultats des dépistages réalisés sur 164 enfants afin de contrôler le plomb dans leur sang. Onze de ces enfants ont été testés deux fois, et au total, ce sont donc 175 plombémies qui ont déjà été effectuées.

Sur ces 164 enfants, 146 se situent sous le "seuil de vigilance" (25 à 50 microgrammes de plomb par litre de sang), 16 sont à l'intérieur de ce seuil, et 2 dépassent le seuil de déclaration obligatoire de saturnisme (50).

Pour l'un de ces deux cas, une source d'exposition au plomb sans lien avec l'incendie a été découverte : le balcon de son logement.

Pour l'autre, révélé mardi, une enquête est en cours.

"Le taux observé chez cet enfant ne nécessite pas de thérapeutique particulière mais impliquera un suivi régulier", selon l'ARS.

En outre, "toutes les personnes dont les taux se situaient dans l'intervalle de vigilance (25-50 microgrammes) ont fait l'objet d'un suivi spécifique renforcé, au-delà des exigences réglementaires".

Ce suivi consiste en "une analyse individuelle par des médecins spécialistes du Centre antipoison et de toxicovigilance": elle permet "d'orienter le suivi médical qui doit être ensuite organisé par le médecin traitant".

A ce stade, il n'est pas possible de dire avec certitude que le dépassement des différents seuils est dû à l'incendie de la cathédrale.

Comment réaliser les mesures dans l'environnement ?

Principale difficulté : il n'existe pas de seuil réglementaire sur la présence de plomb dans les rues. C'est pourquoi l'incendie de Notre-Dame a mis les autorités face à un problème inédit. 

Les niveaux mesurés sur le parvis (500.000 à 900.000 µg/m2) et dans la cathédrale ont justifié la fermeture au public et la suspension du chantier fin juillet. Il doit reprendre progressivement à partir de la semaine du 12 août, avec de nouvelles mesures de protection pour les travailleurs.

Mais des mesures prises dans les alentours ont révélé des valeurs disparates, difficiles à interpréter: 50.000 µg/m2 rue de la Cité ou encore 20.000 µg/m2 place Saint-Michel, de l'autre côté de la Seine.

Pour tenter de mieux comprendre, les autorités ont cherché à déterminer quel taux du fameux métal était déjà présent sur les sols parisiens avant l'incendie, héritage du plomb contenu dans l'essence jusqu'en 2000 ou de celui utilisé pour le revêtement des bâtiments anciens.

A partir de prélèvements de ces dernières années, l'ARS a estimé à 5.000 µg/m2 le niveau de pollution au plomb qu'on peut s'attendre à retrouver dans les rues de la capitale.

Des lieux où le taux était supérieur à 5.000 µg/m2 ont été identifiés, puis des mesures ont été réalisées dans les écoles situées dans un rayon de 300 m autour. Cela a permis de mettre en oeuvre des dépistages ciblés dans ces établissements.

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