Non, les antirétroviraux ne seront pas payants dès 2020 au Cameroun

Non, les antirétroviraux ne seront pas payants dès 2020 au Cameroun

AFP, publié le mardi 17 septembre 2019 à 12h25

Une publication très relayée sur Facebook affirme le 31 août que "plus de 160.000 personnes ne pourront plus être traitées du VIH d'ici 2020 au Cameroun". Contactés par l'AFP, le ministère camerounais de la Santé publique et le Fonds mondial en charge de la lutte contre cette pandémie, assurent que la distribution et la gratuité des traitements antirétroviraux (ARV) seront maintenues.

Le reportage relevait que "sans la subvention de l'État, des dizaines de milliers de patients camerounais risquent de ne plus pouvoir se payer leur traitement anti-VIH".

Depuis le 1er mai 2007, les médicaments antirétroviraux sont délivrés gratuitement dans les centres hospitaliers publics au Cameroun, grâce au financement  du Fonds mondial de lutte contre le Sida. Dans le cadre du cofinancement demandé au gouvernement camerounais, ce dernier doit contribuer à hauteur de 20% des achats d'ARV. Cette contribution est appelée Fonds de contrepartie. 

Contacté le 4 septembre 2019, Bruno Clary, gestionnaire du portefeuille Afrique et Moyen Orient au Fonds mondial de lutte contre le Sida, affirme qu'il n'a "jamais été question de suspendre l'allocation du Cameroun pour la lutte contre le VIH ni de rendre les ARV payants".

Le Fonds mondial "continuera à financer et soutenir les programmes de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme au Cameroun. Par conséquent, l'institution maintiendra la distribution de traitements antirétroviraux (ARV) dans le pays [...]... Tous les besoins en ARV devraient être couverts au Cameroun".

"Les ARV ne peuvent pas être payants, ce serait revenir 100 ans en arrière", martèle King Foguito, directeur exécutif de Positive-Generation, association de personnes infectées et affectées par le VIH et la tuberculose. "Je ne pense d'ailleurs pas que les partenaires internationaux du Cameroun peuvent l'accepter", ajoute-t-il. 

Toutefois, comme le souligne bien le reportage de France 24, en date du 30 août, le Cameroun n'avait pas payé sa quote-part au Fonds de contrepartie. Le 4 septembre, Savina Ammassari, directrice de Onusida au Cameroun,  nous révélait qu'une partie des fonds attendus de la part du Cameroun "vient juste d'être payée". 

Le Cameroun a donc tardivement apporté sa quote-part financière qui garantit la subvention des ARV à travers le pays. Ce retard entraîne des dysfonctionnements dans la chaîne d'approvisionnement en ARV. Nous avons contacté le ministère camerounais de la santé publique le 9 septembre. Son chargé de communication assure que "le reste sera payé d'ici quelques semaines".

Le Cameroun à la traîne 

Suivant le tableau récapitulatif ci-dessous, le gouvernement camerounais a pris l'engagement en 2017, de consacrer plus de 43 millions d'euros à la lutte contre le VIH pour la période de 2018 à 2020. Le pays n'a finalement dépensé que 13,4 millions d'euros. 

Selon les chiffres de l'Onusida, 540.000 personnes vivaient avec le VIH en 2018, soit environ 2% de la population camerounaise. Plus de 18.000 personnes y sont mortes de maladies liées à cette pandémie.

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