Non, ces femmes ne militent pas pour que leur maris aient quatre épouses

Non, ces femmes ne militent pas pour que leur maris aient quatre épouses

AFP, publié le mercredi 18 septembre 2019 à 19h30

Depuis le mois de février 2018, une rumeur affirme qu'une association de femmes défendant la polygamie, nommée "mon mari a droit à quatre femmes", aurait vu le jour au Sénégal, où la polygamie est légale et largement répandue. Or, l'image utilisée pour illustrer l'article répandant la rumeur a été prise au Nigeria, et la préfecture de Dakar a affirmé ne jamais avoir eu connaissance de cette association. 

« Au Sénégal une association de femmes vient d'être mise sur les fonds baptismaux. Il s'agit du collectif, "mon mari a droit à quatre femmes" regroupant de femmes mariées qui partagent la conviction qu'en plus d'elles, chacun de leur époux à droit à trois autres femmes afin que les épouses fassent quatre sous le même toit », affirme un article copié-collé sur des dizaines de pages au Sénégal, au Mali et au Cameroun depuis le mois de février 2018, et ayant récemment refleuri sur divers groupes Facebook en Afrique. 

Sur le groupe ivoirien Débat Politique, rassemblant plus de 600.000 internautes, il a recueilli plus de 170 partages depuis sa publication le 16 septembre, et suscité des commentaires enthousiastes d'internautes qui se félicitent du fait que des femmes encouragent la polygamie jusqu'à quatre épouses, le nombre maximum permis par le Coran. 

Sur les réseaux sociaux comme sur internet, on ne retrouve aucune trace de l'existence d'un tel collectif. L'AFP a par ailleurs contacté la préfecture de Dakar, qui a confirmé qu'aucune association intitulée "Mon mari a droit à quatre femmes", ou défendant les intérêts des hommes polygames, n'avait été enregistrée au début de l'année 2018 au Sénégal. 

La polygamie est-elle une pratique courante au Sénégal ?

Au Sénégal, pays musulman à 90%, la polygamie est une institution solidement ancrée : le code de la famille sénégalais, lisible ici, dispose que les hommes peuvent épouser jusqu'à quatre femmes. Les femmes, quant à elles, ne peuvent contracter d'unions polyandres. Selon l'article 368, les époux doivent déclarer devant l'officier d'état civil s'ils souhaitent une union monogame ou polygame au jour de leur mariage. Ce choix est, par la suite, irrévocable. 

Dans les faits, selon le dernier rapport sur le genre de l'agence de statistiques du Sénégal, l'ANSD, paru en 2016, 35,2% des personnes mariées sont des polygames. 

"Les hommes polygames représentent 23,1% et la proportion des femmes vivant en union polygamique s'élève à 44,0%. L'intensité de la polygamie, quant à elle, est de 1,4 femme par homme marié et 2,6 femmes par homme polygame. L'âge moyen à la polygamie est de 43,9 ans avec une entrée plus précoce des femmes (40,4 ans) que des hommes (52,9 ans). Cet écart témoigne de la différence d'âge entre les conjoints", lit-on dans ce rapport. 

En mars 2019, Cheikh Ahmed al-Tayeb, le grand imam de l'institution de l'islam sunnite Al-Azhar qui siège au Caire, a jugé que la polygamie est une "injustice" pour la femme et qu'elle n'est pas la norme dans l'islam, suscitant un grand débat en Egypte. Le grand imam d'Al-Azhar a d'autre part déclaré au cours d'une émission télévisée que "ceux qui disent que le mariage doit être polygame ont tout faux".

La Guinée, autre pays d'Afrique de l'Ouest également très majoritairement musulman, a modifié son code civil en mai 2019 afin de faire de la monogamie la "règle par défaut" du régime général du mariage, sauf en cas "d'accord explicite" en faveur de la polygamie de la première épouse, prenant le contrepied d'un texte voté fin 2018 légalisant la polygamie mais qu'avait rejeté le président Alpha Condé. De très nombreux hommes en Guinée ont plusieurs femmes, mais les deuxièmes, troisièmes ou quatrièmes épouses, avec qui ils s'unissent lors de mariages religieux ou traditionnels, ne jouissent pas des mêmes droits que les femmes épousées en premier lors de mariages civils, notamment en matière d'autorité parentale ou de succession.

EDIT 19/09 : modification de bannières

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