La convergence entre LFI et RN est un "mirage", selon des experts

La convergence entre LFI et RN est un "mirage", selon des experts
Montage de photos de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon.

Orange avec AFP-Services, publié le mercredi 22 mai 2019 à 14h59

Parmi les électeurs de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle, seuls 6% pourraient voter pour le Rassemblement national (RN) dimanche. Et parmi ceux de Marine Le Pen, ils ne sont que 2% à imaginer voter pour La France insoumise (LFI).

Le ralliement médiatisé d'un ancien élu de LFI à la liste du RN pour les élections européennes a fait grand bruit.

Toutefois, l'idée d'une convergence entre les deux partis est un "mirage", estiment mercredi 22 mai des experts. Une hypothèse confirmée par une étude qui démontre que les transferts de voix de l'un à l'autre sont très minimes.



Le RN a marqué des points auprès des sympathisants de LFI, qui sont sept fois plus nombreux (à 36%) qu'il y a quatre ans à avoir une bonne opinion du RN. "La stratégie de dédiabolisation du RN porte ses fruits", et l'antifascisme "ne semble plus être une composante structurelle des électeurs de la gauche radicale", analyse le politologue Jean-Yves Camus. Mais les transferts de voix entre les deux partis sont très minoritaires, selon une étude Ipsos pour le Cevipof et la fondation Jean Jaurès parue lundi. Parmi les électeurs de M. Mélenchon à la présidentielle, seuls 6% d'entre eux pourraient voter RN dimanche. Et parmi ceux de Marine Le Pen, ils ne sont que 2% à imaginer voter éventuellement LFI. 

"Les logiciels ne sont pas les mêmes"

Pour M. Camus, l'hypothèse d'une convergence entre les deux partis - comparable en partie à ce qui a permis, en Italie, la naissance d'une coalition entre la Ligue et le Mouvement 5 Etoiles - est en fait "un mirage", et "le ralliement de M. Kotarac est une aventure strictement personnelle". 

Comme les "gilets jaunes", qu'ils soutiennent tous deux, LFI et le RN veulent faire "tomber un système, le libéralisme", mais pour des raisons bien différentes. "La dimension anticapitaliste est plus visible chez LFI", et "sur l'identité nationale, les logiciels ne sont pas les mêmes. L'immense majorité des électeurs LFI ne peut pas adhérer à la notion de préférence nationale", explique le chercheur.

André Kotarac, ex conseiller régional LFI en Auvergne-Rhône Alpes, qui avait participé activement à la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon, a annoncé le 14 mai qu'il voterait pour la liste RN aux européennes afin de "faire barrage" à Emmanuel Macron, sans adhérer pour autant à la formation de Marine Le Pen. Le RN a aussitôt mis en avant ce soutien, qui s'exprimera vendredi au dernier meeting de Marine Le Pen, à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), commune RN située dans un bassin minier historiquement de gauche.

A la présidentielle 2017, Marine Le Pen avait déjà cherché à séduire l'électorat LFI, notamment en appelant les mélenchonistes à voter pour elle pour "faire barrage" au "banquier" Emmanuel Macron. Marine Le Pen a salué le ralliement de M. Kotarac, selon elle un soutien de "cohérence" puisque LFI "ne cesse de dire qu'il faut battre Macron", et a "d'autres" transferts similaires, tandis que Jean-Luc Mélenchon, indigné, dénonçait "un coup monté".

En cette fin de campagne, les deux partis ne s'épargnent pas. Marine Le Pen a ainsi fustigé mardi LFI, qui "devrait s'appeler la France islamiste". 


"Je n'ai pas de leçon à recevoir de Madame Le Pen, qui est une usine à produire de la haine et qui encourage par ses méthodes le racisme contre les citoyens français de confession musulmane", a répliqué mercredi Adrien Quatennens.

Pour l'historien Nicolas Lebourg, "les exemples historiques de rouges-bruns (...) sont toujours des gens qui ont appelé à des alliances ou des votes au bénéfice exclusif de l'extrême droite, jamais d'une quelconque 'part de gauche'". Le ralliement de M. Kotarac, explique-t-il dans Mediapart, nourrit surtout la "narration" classique du RN sur le dépassement du clivage droite-gauche, "même s'il est évident que (le RN) s'inscrit à droite". M. Lebourg rappelle qu'en 2007 le FN avait promu le ralliement de l'essayiste d'extrême droite Alain Soral qui déclarait que "Marx aurait voté Le Pen", et qui a quitté le parti en 2009.

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