Taïwan: le ver à soie, nouvel ingrédient magique des pâtées pour chat

Chargement en cours
Un employé inspecte une boîte de pâtée pour chats, à base de chrysalides de vers à soie, dans une usine d'aliments pour animaux, le 27 octobre 2021 à Miaoli, à Taïwan
Un employé inspecte une boîte de pâtée pour chats, à base de chrysalides de vers à soie, dans une usine d'aliments pour animaux, le 27 octobre 2021 à Miaoli, à Taïwan
1/6
© AFP, Sam Yeh

publié le mercredi 10 novembre 2021 à 07h41

Se léchant impérieusement les babines, un chat roux savoure les dernières bouchées de pâtée prises dans ses moustaches en bataille, sans se laisser impressionner par l'ingrédient de base plutôt inhabituel de son repas: des chrysalides de ver à soie. 

Les quinze félins du café pour amateurs de chats Mao Thai Thai, à Taïwan, font partie des testeurs de goût qui essaient ces nouvelles pâtées mises au point par des spécialistes du ver à soie et aux multiples bienfaits.  

En plus d'utiliser de ce qui n'était auparavant qu'un déchet issu de la production de soie, les scientifiques affirment que cette préparation élimine les bactéries intestinales nocives, rendant en prime les déjections moins odorantes.

Nos chats "ont plus d'énergie et leurs déjections sentent moins fort. C'est au delà de ce que j'espérais", déclare la gérante du café, Rosa Su.  

Les pâtées se déclinent en plusieurs saveurs ordinaires - thon, bœuf, poulet - mais le principal composant protéique de cette bouillie rose est un insecte.  

Cela ne semble pas troubler les chats de Rosa Su, qui se pressent autour d'elle, impatients d'avoir leur repas. 

L'équipe de recherche affirme que les réactions des autres propriétaires participant à l'essai ont également été positives.

- Insectes hautement domestiqués -

À la station centenaire de recherche et de vulgarisation agricoles de Miaoli, où les pâtées sont créées, des centaines de vers se tortillent dans des plateaux, en croquant des feuilles de mûrier.  

L'installation abrite 136 variétés différentes de vers à soie provenant du monde entier. 

La chrysalide est le stade intermédiaire de leur cycle de vie, lorsqu'ils forment des cocons pour passer de la larve à l'adulte.

"Quand on voit des vers à soie, on pense aux tissus de soie", explique à l'AFP la chercheuse Liao Chiu-hsun en tranchant soigneusement le sommet d'un cocon de soie pour en extraire un ver brun qui se tortille. 

"Mais ces insectes hautement domestiqués ont bien plus à offrir".  

Les chrysalides sont déjà riches en protéines, en graisses et en minéraux, et l'équipe de Miaoli a mis au point une technique pour augmenter la teneur en protéines immunitaires qui tuent les bactéries nuisibles.  

En faisant croire aux vers qu'ils sont en danger, ils produisent davantage de ces protéines antimicrobiennes dans le cocon, qui est ensuite récolté et transformé en nourriture pour chats.

Cette utilisation innovante des cocons de vers à soie pourrait constituer une bouée de sauvetage pour les derniers éleveurs de vers à soie de Taïwan.  

Autrefois des centaines, ils ne sont plus aujourd'hui que deux en activité. 

- Tout est bon -

Hsu Wei-chun, 30 ans, agriculteur depuis trois générations, affirme qu'il n'est plus économiquement viable de cultiver ces insectes uniquement pour le tissu.

Les feuilles de mûrier sont déjà utilisées pour faire du thé, par exemple, et les cocons peuvent être utilisés dans les cosmétiques. 

"Notre compétitivité vient de notre capacité à tout utiliser", explique M. Hsu. "Nous utilisons chaque portion pour réduire les coûts". 

Le marché des aliments pour animaux de compagnie à Taïwan présente une opportunité lucrative: la possession d'animaux est en hausse, et l'économie qui l'entoure est évaluée à plus d'un milliard de dollars US.

Une boîte pour chats à base de chrysalides de vers à soie se vend 68 dollars taïwanais (2,12 euros), soit à peine plus cher que la moyenne des pâtées pour chat.

"Même si c'est un peu plus cher... J'ai l'impression que le niveau d'acceptation des aliments en conserve (pour animaux de compagnie) durables et écologiques est assez élevé à Taïwan", estime à l'AFP Lee Wei-ting, enseignant-chercheur à l'Université nationale unie de Taïwan. 

Des animaleries en Corée, au Japon, en Thaïlande et aux États-Unis ont déjà exprimé leur intérêt pour le produit.  

La PDG de l'entreprise Furtime Pet Food, qui a commencé à produire en masse ce nouvel aliment il y a un mois, affirme que la réponse a été massive. 

"J'ai l'impression que les propriétaires d'animaux de compagnie sont aujourd'hui plus attentifs aux ingrédients", explique Eva Liu.

"Nous avons utilisé le financement participatif au début comme une prévente. Le premier jour, en 24 heures, nous avons atteint notre objectif préliminaire", ajoute-t-elle.   

Vos réactions doivent respecter nos CGU.