Les Américains perdent confiance face aux prix qui grimpent

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Un magasin Safeway de San Francisco (Californie) le 4 octobre 2021
Un magasin Safeway de San Francisco (Californie) le 4 octobre 2021
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© AFP

publié le vendredi 12 novembre 2021 à 20h24

La confiance des consommateurs américains est tombée en novembre à son plus bas niveau en dix ans, à cause de l'inflation qui ne cesse de s'accélérer et fait reculer leur pouvoir d'achat, un sujet érigé en priorité par Joe Biden.

L'indice s'établit à 66,8 points, contre 71,7 en octobre, selon l'estimation préliminaire de l'enquête de l'Université du Michigan publiée vendredi.

Les consommateurs s'inquiètent des prix qui ne cessent de grimper aux Etats-Unis.

"La hausse des prix des maisons, des véhicules et des biens durables, a été signalée plus fréquemment (par les consommateurs interrogés) qu'à tout autre moment depuis plus d'un demi-siècle", détaille Richard Curtin, l'économiste en charge de cette enquête.

Les difficultés mondiales d'approvisionnement, face à une forte demande américaine, soutenue par les aides versées par le gouvernement, notamment, font grimper les prix.

"Une inflation élevée dans un contexte de larges perturbations de l'approvisionnement empêchera une reprise complète jusqu'en 2022", avertit Mahir Rasheed, économiste pour Oxford Economics.

Ces difficultés sont exacerbées par le manque de manutentionnaires, ouvriers, chauffeurs routiers, serveurs, ou encore vendeurs.

Tous les secteurs sont concernés, et cela se répercute, in fine, sur le client final.

- Hausse des salaires -

"Un consommateur sur quatre a fait état d'une réduction de son niveau de vie à cause de l'inflation", notamment les personnes ayant les plus faibles revenus et les consommateurs les plus âgés, a indiqué Richard Curtin

Les salaires ont, certes, augmenté, mais pas assez pour compenser la hausse des prix. "La moitié des familles (interrogées) prévoyaient une réduction des revenus réels l'année prochaine", souligne Richard Curtin.

"Pour les ménages, une inflation élevée qui dépasse les hausses de salaires restera un obstacle à court terme", a également commenté Rubeela Farooqi, économiste en chef chez HFE.

La pénurie de main d'oeuvre fait en effet grimper les salaires, mais cela alimente aussi l'inflation.

Or, la "Grande démission" se poursuit, les salariés faisant jouer les enchères entre des employeurs prêts à tout pour attirer les candidats.

Ainsi, 4,4 millions de personnes ont quitté leur emploi en septembre, un record depuis que ces données ont commencé à être relevées en décembre 2000, a indiqué vendredi le département du Travail.

Au-delà du constat sur leur pouvoir d'achat, les consommateurs ont aussi "la conviction croissante (...) qu'aucune politique efficace n'a encore été mise en place", décrit Richard Curtin.

La forte inflation était jusqu'ici attendue comme temporaire par de nombreux économistes, mais aussi par la Maison Blanche.

- "Priorité absolue" -

Mais les mois passent, et les taux d'inflation ne reculent pas, atteignant même en octobre un plus haut depuis 1990: les prix ont augmenté de 6,2% comparé à octobre 2020, après 5,4% en septembre, selon l'indice CPI.

Cela a poussé Joe Biden a signaler mercredi qu'il s'agissait de sa "priorité absolue".

Il compte sur les investissements qu'il espère faire adopter au Congrès, pour à la fois soutenir l'économie à long terme, mais aussi vaincre l'inflation, notamment en augmentant le potentiel de croissance de l'économie américaine. 

La banque centrale américaine (Fed) pourrait elle aussi adapter sa politique. En temps normal, une telle inflation l'aurait conduite à relever ses taux directeur, mais dans le contexte actuel, elle craint de nuire au redressement de l'emploi.

Lors de sa dernière réunion, elle les a maintenus entre 0 et 0,25%, pour continuer à soutenir l'économie. Elle a cependant lancé la normalisation de sa politique, en commençant à réduire ses achats d'actifs, afin d'injecter moins de liquidités.

Ce mouvement devrait être achevé d'ici le milieu de l'année prochaine, ouvrant alors la voie à une hausse des taux. Mais face à l'inflation, la Fed pourrait accélérer le rythme.

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