Le président de la Fed maintient le suspense sur le rythme du resserrement monétaire

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Jerome Powell lors d'une audition au Congrès à Washington, le 22 juin 2021
Jerome Powell lors d'une audition au Congrès à Washington, le 22 juin 2021
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© AFP, Graeme Jennings, POOL

publié le vendredi 27 août 2021 à 22h56

Il faudra encore attendre pour savoir quand la Banque centrale américaine (Fed) commencera à réduire ses achats d'actifs, et à quel rythme elle le fera, son président Jerome Powell ayant simplement évoqué vendredi la possibilité de lancer le mouvement en 2021.

"Bien que le variant Delta présente un risque à court terme, les perspectives sont bonnes pour la poursuite des progrès vers le plein emploi", a-t-il souligné lors de son discours annuel de Jackson Hole (Wyoming).

Autrement dit, l'optimisme est de mise, mais l'institution préfère observer l'évolution de l'économie avant de communiquer un calendrier précis. Les marchés, qui plongent ou bondissent au moindre indice sur le sujet, devront donc patienter encore.

Jerome Powell a rappelé que lors de la dernière réunion du Comité monétaire de la Fed, fin juillet, il était d'avis, "comme la plupart des participants, que si l'économie continuait à évoluer comme prévu, il pourrait être approprié de commencer à réduire le rythme des achats d'actifs cette année".

Tous les signaux semblaient alors au vert. Et si, depuis, l'emploi a encore progressé, de nouveaux risques sont en revanche apparus avec le variant Delta, a-t-il souligné.

Le variant a, en effet, fait repartir les cas de contamination au Covid-19 dans le monde entier, y compris aux Etats-Unis, et déjà commencé à ralentir la reprise, ajoutant une nouvelle incertitude.

"A l'évidence, (le variant) Delta pose un risque à la baisse pour les perspectives" de l'économie américaine, a commenté le vice-président de la Fed, Richard Clarida, sur la chaîne CNBC.

- Les taux attendront encore -

"Si nous obtenons un autre million (d'emplois créés en août), nous aurons récupéré environ 85% des emplois perdus (...) Si nous atteignons cela, je dirais que nous serons prêts à y aller au début de l'automne", a cependant commenté l'un des gouverneurs de la Fed, Christophe Waller, interrogé par Yahoo Finance.

La Fed est "dans l'attente de données supplémentaires avant de s'engager", a noté Ian Shepherdson, économiste pour Pantheon Macroeconomics, qui table sur une annonce lors de la réunion de la Fed en novembre, ou même plus tard "si le rebond post-Delta prend plus de temps que prévu".

Depuis le début de l'épidémie, la Fed achète chaque mois pour 120 milliards de dollars de bons du Trésor et autres titres pour soutenir la reprise. Elle entend désormais alléger ce soutien qui, en fluidifiant le crédit et poussant les taux à la baisse, a permis aux marchés de rebondir de manière spectaculaire.

L'étape suivante sera de relever les taux directeurs, abaissés dans une fourchette de 0 à 0,25%. Mais cela ne devrait pas se produire avant 2023.

Jerome Powell a rappelé que la Fed souhaite les y maintenir "jusqu'à ce que l'économie ait atteint des conditions compatibles avec le plein emploi, et que l'inflation (...) soit en passe de dépasser modérément 2% pendant un certain temps".

Or, "nous avons beaucoup de chemin à parcourir pour atteindre le plein emploi, et le temps nous dira si nous avons atteint 2% d'inflation de manière durable".

- "Néfaste" -

La Fed doit garantir le plein emploi et la stabilité des prix, et, sur ce dernier point, son président a de nouveau mis en avant des "facteurs transitoires" pour expliquer la forte inflation des derniers mois. Il a aussi mis en garde sur les risques d'un tour de vis monétaire prématuré.

"Si une Banque centrale resserre sa politique en réponse à des facteurs qui s'avèrent temporaires, les principaux effets se produiront probablement lorsque le besoin sera passé", ce qui "ralentit inutilement l'embauche et d'autres activités économiques et pousse l'inflation plus bas que souhaité", a-t-il dit.

"Aujourd'hui, avec un marché du travail toujours à la peine et la pandémie qui continue, une telle erreur pourrait être particulièrement néfaste", a-t-il mis en garde.

Les économistes de la Maison Blanche (OMB) ont eux révisé à la hausse vendredi leurs prévisions d'inflation pour 2021, anticipant désormais 4,8%, quand ils tablaient sur 2% seulement lors de leurs précédentes prévisions en mai. Ils pensent qu'elle ralentira à 2,5% en 2022, au lieu de 2,1%, et à 2,3% à partir de 2023.

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