Le Maire appelle Washington à clore pour de bon les querelles commerciales

Le Maire appelle Washington à clore pour de bon les querelles commerciales
Le ministre français de l'économie Bruno Le Maire lors d'une interview avec l'AFP à Washington le 14 octobre 2021

publié le jeudi 14 octobre 2021 à 20h22

Le ministre français de l'Economie Bruno Le Maire a appelé les Etats-Unis à mettre fin "définitivement" aux rivalités commerciales avec l'Europe soulignant qu'une France "forte" et une Europe "forte" sont dans l'intérêt des Etats-Unis, au cours d'un entretien avec l'AFP jeudi à Washington.

M. Le Maire devait y rencontrer jeudi des responsables de la Maison Blanche en marge des réunions du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale qui ont lieu cette semaine dans la capitale américaine.

"Il y a eu des progrès" dans les négociations commerciales mais "il reste des points durs", a souligné le ministre français, en référence à l'épineux conflit des droits de douane sur l'acier et l'aluminium européens.

Ce différend, qui empoisonne les relations transatlantiques, a commencé lorsque l'administration de Donald Trump a imposé en juin 2018 des droits de douane punitifs de 25% sur l'acier européen et de 10% sur l'aluminium européen au nom de la sécurité nationale des Etats-Unis.

Les deux parties ont jusqu'au 1er décembre pour régler ce dossier.

Mais l'administration de Joe Biden n'a pour l'heure pas tranché la levée de ces tarifs douaniers, ce qui irrite Bruxelles.

"Mon message à l'administration américaine sur ces questions du commerce est très clair: débarrassons-nous le plus vite possible de ces sujets de tension entre les Etats-Unis et l'Europe", a-t-il dit.

M. Le Maire suggère de se donner "quelques mois" pour régler "définitivement" ce différend et en finir avec les risques de sanctions et de guerre commerciale, qui doivent appartenir "à une ère révolue". 

Ces conflits sont "inutiles", "contre-productifs", "et ils nous empêchent de travailler sur des sujets beaucoup plus importants qui sont, par exemple, les difficultés d'approvisionnement en matières premières, les difficultés d'approvisionnement en semi-conducteurs, la création de nouvelles filières technologiques", fait valoir le ministre français.

Le FMI, la Banque mondiale et les G20 et G7 finances se sont collectivement saisis du problème d'engorgement des chaînes logistiques qui créent des pénuries dans de nombreux pays et menacent la croissance mondiale.

"Nous voulons nous, Européens, nous, Français (...) gagner notre indépendance sur les semi-conducteurs, sur l'hydrogène, sur le spatial, sur l'intelligence artificielle, sur le stockage des données, sur la protection de nos données", a expliqué le ministre.

- "Partenaire fiable et attractif"

Plus aucune nation ne peut accepter que ses usines automobiles tournent à 50% de leurs capacités parce qu'elles ne disposent pas de semi-conducteurs qui viennent exclusivement de Taïwan, de Corée du sud ou d'ailleurs, a-t-il fait valoir.

Selon lui, cette stratégie d'investissement et d'indépendance ne doit pas pour autant être perçue comme une menace par les Etats-Unis.

"Une Europe qui est plus indépendante, qui a ses propres technologies, ses propres chaînes de valeurs, ça n'est pas contre les Etats-Unis, c'est bon pour les Etats-Unis", a-t-il affirmé.

S'agissant de la France, c'est "un partenaire fiable, attractif et puissant en Europe", a-t-il poursuivi, notant que la croissance française va être une des plus fortes de la zone euro et que le pays est devenu "le plus attractif en Europe pour les investissements étrangers". 

Malheureusement, le message "n'est pas toujours compris à Washington", a-t-il regretté. 

Sur la Chine qui "est dans toutes les discussions" à Washington, M. Le Maire prône une approche pragmatique.

La stratégie américaine est "de s'opposer" à la montée en puissance de la Chine quand les Européens veulent "engager" la Chine pour la faire évoluer sur des questions de propriété intellectuelle, d'accès aux marchés, de respect des droits de l'homme, a-t-il décrit.

"Je pense que la seule bonne solution, c'est d'échanger le plus possible avec nos partenaires américains, de regarder sujet par sujet quelle est l'approche que nous retenons, et de continuer à coopérer, à échanger sur ce sujet stratégique pour le 21e siècle: la montée en puissance de la Chine", conclut-il.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.