L'amande corse mise sur le haut de gamme face au géant américain

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Récolte des amandes à Ghisonaccia, en Haute-Corse, le 30 septembre 2021
Récolte des amandes à Ghisonaccia, en Haute-Corse, le 30 septembre 2021
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© AFP, Pascal POCHARD-CASABIANCA

publié le dimanche 17 octobre 2021 à 19h39

A Ghisonaccia, en Haute-Corse, les amandes tout juste récoltées s'apprêtent à partir à la casserie avant d'être transformées en confiseries. La Corse n'est qu'un Petit Poucet face aux Etats-Unis, mais mise avec succès sur le haut de gamme.

La France consomme 43.000 tonnes d'amandes par an, mais n'en produit que 1.200 tonnes, principalement en Corse et en Provence-Alpes-Côte d'Azur. Une goutte d'eau face aux 1,3 million de tonnes d'amandes en coques des Etats-Unis qui assurent 79% de la production mondiale, selon l'International Nuts and Dried Fruit Council (INC).

"La culture de l'amande reste marginale en Corse et heureusement", tranche pourtant Jean-Luc Mozziconacci, président de Corsic'Amandes qui regroupe 99% des producteurs insulaires. En 2019, 240 tonnes d'amandes sont sortis des 290 hectares de vergers corses.

Ce producteur de la plaine orientale est également président de Sud Amandes, une coopérative installée à Garons (Gard) qui écoule les récoltes dans "un marché de niche, haut de gamme, composé de confiseurs et de chocolatiers", explique-t-il à l'AFP tout en supervisant la récolte de ce petit fruit oléagineux.

Mohammed, 41 ans, l'un des deux employés de M. Mozziconacci, pilote un tracteur équipé d'un bras et d'une pince qui saisit le tronc. Une corolle de bâches se déploie alors tout autour de l'arbre pour récolter les amandes qui tombent lorsque le tronc est secoué par le bras mécanique.

- "Choix de société" -

Dans une écaleuse les coques sont séparées de leur gove, une enveloppe veloutée au toucher. Puis les amandes sont envoyées en sac vers la casserie de Garons.

Là-bas, tout sera valorisé: les amandes seront réparties en fonction de leur qualité et de leur variété pour devenir dragées, amandes enrobées, grillées, salées ou sucrées, poudre ou pâte. 

En Corse, quatre variétés sont cultivées: la "ferragnès", au goût fin et sucré, la "ferraduel" au goût subtil appréciée des amateurs, la "lauranne" et la "mandaline", plus petites et appréciées des confiseurs pour les pralines. 

Les coques, elles, serviront pour le chauffage. 

Si, à première vue, il pourrait sembler judicieux de produire beaucoup plus d'amandes en France vu l'écart entre consommation et production, M. Mozziconacci, fort "de 30 ans d'expérience", met en garde "ceux qui font de l'agriculture avec un papier et un crayon: "il y a très, très peu de gens prêts à payer une amande française à 13 ou 14 euros le kilo, quand le cours mondial est à sept euros".

"Notre prix est fondé pour que les producteurs vivent. Quand on vend à 13 ou 14 euros, 7,20 à 7,50 euros reviennent au producteur. Avec de l'amande à sept euros, ils vont travailler pour deux euros le kilo et ça ne sera pas viable", explique M. Mozziconacci, craignant qu'une augmentation excessive des volumes fasse chuter les prix.

Un constat confirmé par Ronan Autret, directeur général de François Doucet confiseur, installé à Oraison (Alpes-de-Haute-Provence) depuis 1969. Utiliser ces amandes tricolores "très rondes, charnues, bien calibrées" est un "choix de société", selon lui. "On souhaite faire vivre nos agriculteurs, la filière locale, mais ça suppose, comme c'est beaucoup plus cher, que le consommateur accepte de payer".

Si "l'amande de Californie est très amère et très plate", "la plupart des confiseurs français achètent de l'amande en Espagne --deuxième producteur mondial-- ou en Italie avec des goûts et des formes vraiment semblables aux françaises et moins chères", souligne ce confiseur qui estime que "le +made in France+ peut être payé 20 ou 30% de plus" mais difficilement davantage.

Nicolas Genot, à la tête de la Maison des soeurs macarons à Nancy (Meurthe-et-Moselle) fondée en 1793, n'utilise, lui aussi, "que de l'amande française pour la qualité gustative et la modération des traitements". 

Afin de sécuriser une partie de leurs approvisionnements, ces deux confiseurs ont choisi de s'associer avec des agriculteurs pour planter leurs propres amandiers sur quelques hectares.

Pour l'Office du Développement Agricole et Rural de la Corse (Odarc), l'amande corse est "bien valorisée parce qu'elle est très qualitative", indique à l'AFP Marie-Pierre Bianchini, la directrice. Mais "imaginer doubler ou tripler la production me paraît difficile".

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